Légende, David GEMMELL

Druss est une légende.
Tout le monde connaît ses exploits et le respecte. Surnommé le Capitaine à la Hache, il est certainement le guerrier le plus redoutable… En fait, il était…
Aujourd’hui, Druss est vieux. Il s’est retiré loin du monde, dans les solitudes glacées des montagnes, attendant celle qu’il a finit par considérer comme une compagne : la Mort

Dros Delnoch est une forteresse réputée imprenable. Protégée par ses six murs elle ne craint rien. Théoriquement. Mais face à l’envahisseur Nadir, une armée forte de milliers d’hommes, elle est le dernier rempart de l’empire Drenaï. Le bastion de la dernière chance. Pour motiver les troupes en débâcle, redonner de l’ardeur aux guerriers, permettre un rayon d’espoir quand tout semble perdu, il faudrait un atout déterminant, un chef charismatique : Druss, et sa Hache, Snaga.

L’intrigue est banale, classique de l’Héroïc Fantasy. Deux armées qui s’affrontent, une figure quasi-mythique au milieu et le destin qui s’en mêle (s’emmêle ?). Cependant, au-delà de l’histoire, il y a la puissance de l’auteur. Le souffle épique des descriptions, la glorification de valeurs qui n’ont plus cours dans notre monde.Au-delà de l’histoire, il y a une multitude d’actions qui nous font découvrir des héros torturés, des personnages plus vrais que nature et vraiment, on n’aimerait pas être à leur place. Et pourtant, à peine la lecture commencée, on se retrouve transi à écouter le Comte de Bronze haranguer son armée du haut des remparts et on frissonne en voyant l’imposant guerrier qui s’approche de nous. Druss, la hache sur l’épaule, passe parmi les hommes pour leur redonner courage.
Au-delà de l’histoire, il y a tout un imaginaire qui s’ouvre, un cycle guerrier, violent mais non dénué d’humour et d’amour. Légende fait partie de ses romans que l’on se plaît à passer, à recommander, juste pour voir l’étincelle pétiller dans les yeux de celui qui va vous le rendre après l’avoir lu.
C’est, certes, un roman faisant partie d’un cycle, le Cycle de Drenaï, mais chaque roman de ce cycle peut se lire indépendamment des autres. Ainsi, celui-ci, le premier écrit par Gemmell, n’arrive chronologiquement dans le cycle qu’en sixième position.
C’est, enfin, une danse avec la mort, avec le destin. Chaque roman de Gemmell met en situation des hommes face à eux même et au sort qui les attend. A priori, aucune échappatoire n’est possible et les héros sont condamnés à boire la coupe de douleur jusqu’à la lie. C’est comme un épisode de Columbo, on sait que tout est perdu d’avance, et pourtant les héros se battent avec l’énergie du désespoir. Peut-être d’ailleurs se battent-ils comme ça à cause de cette fatalité…

Une dernière information qui me tient à cœur, David Gemmell est décédé le 28 juillet 2006 en Angleterre et sa mort est passée presque inaperçue tant il est méconnu en France.

Légende, David GEMMELL dans Fantasy gemmell01

 

David GEMMELL, Légende, Bragelonne, 355 pages.

 

Extrait :
« - Nous sommes sur Eldibar. Le Mur Un. Vous connaissez la signification du mot « Eldibar » ?
- Ce n’est pas juste un nom ?
- Non, c’est beaucoup plus que ça. Egel, qui fit construire cette forteresse, a fait graver des noms sur chaque mur. « Eldibar » veut dire « Exultation ». C’est là qu’on affronte l’ennemi pour la première fois. C’est là qu’on voit qu’il n’est rien d’autre qu’un homme. L’énergie circule dans les veines des défenseurs. L’ennemi recule sous le poids de nos épées et la puissance de nos bras. Comme tous les héros, nous sommes possédés par l’excitation de la bataille et l’appel de notre héritage. Nous exultons ! Egel connaissait le coeur des hommes. Je me demande s’il avait vu le futur…
Que veulent dire les autres noms ?
Antaheim haussa les épaules
Je vous les dirai un autre jour. Cela porte malheur de parler de Musif tant que nous sommes sous la protection d’Eldibar.
Antaheim s’adossa au mur et ferma les yeux, écoutant la pluie et le vent qui hurlait.
Musif. Le mur de l’angoisse ! Si nous n’avons pas eu la force de tenir Eldibar, songea-t-il, comment pourrions nous tenir aussi Musif ? Nous avons perdu Eldibar, nous allons perdre Musif. La peur nous dévorera les parties génitales. Beaucoup de nos amis seront morts sur Eldibar, et une dernière fois nous reverrons en esprit leurs visages joyeux. Nous ne voudrons pas les rejoindre. Musif sera une épreuve.
Et nous ne tiendrons pas. Nous nous replierons vers Kania, le mur du nouvel espoir. Nous ne serons pas morts sur Musif, et Kania sera moins grand à défendre. Et puis, de toute façon, ne reste-t-il pas encore trois murs derrière ? Les Nadirs ne pourront plus se servir de leurs balistes ici, c’est déjà quelque chose, pas vrai ? Et puis on savait bien depuis le début qu’il nous faudrait abandonner quelques murs, non ?
Sumitos, le mur du désespoir suivra. Nous serons fatigués, mortellement épuisés. Nous ne nous battrons plus que par instinct, mécaniquement, mais bien. Il ne restera que les meilleurs d’entre nous pour endiguer la déferlante.
Valteri, le Mur Cinq, est le mur de la sérénité. Nous y admettrons notre propre mortalité. Nous accepterons l’inévitabilité de notre mort et trouverons en nous un courage que nous ne pensions pas avoir. Le moral reviendra, et nous serons tous des frères les uns pour les autres. Nous nous serrerons les coudes face à un ennemi commun, bouclier contre bouclier, et nous le ferons souffrir. Le temps passera plus lentement sur ce mur. Nous apprécierons tous nos sens comme si nous les redécouvrions. Les étoiles deviendront des joyaux de beauté comme si nous ne les avions jamais vues, et l’amitié aura une saveur telle qu’on en a jamais goûté.
Et puis, finalement, Geddon, le mur de la mort…
je ne verrais pas Geddon, pensa Antaheim.
Et il s’endormit. »

 


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