Victor Hugo chez lui, Richard LESCLIDE

Victor Hugo, bien connu du lectorat français, terreur des lycéens et bonheur des amants romantiques, a laissé à sa mort une oeuvre colossale. Tant en romans, qu’en recueils de poèmes ou pièces de théâtre, il est omniprésent en littérature. Mais ce que l’on sait moins, c’est l’homme qu’il était au quotidien…

Voici donc un livre qui sort un peu de l’ordinaire puisqu’il s’agit en réalité d’un recueil d’anecdotes sur le Maître.
En voyage, en exil, avec les enfants, à l’Académie, à la maison, le théâtre… voici quelques uns des thèmes de cet ouvrage. Chacun étant rempli de souvenirs drôles ou de réflexions.

Toutes ces anecdotes sont données par le plus fidèle des témoins, Richard Lesclide, secrétaire particulier du Maître avant et après son exil. Initialement édité en 1885, juste après la mort de Victor Hugo, sous le titre Propos de table de Victor Hugo, cet ouvrage avait disparu de la circulation et était quasiment introuvable jusqu’à sa réédition en 1998.
Voici donc un florilèges de citations, d’anecdotes, de choses du quotidien, bref un portrait de Victor Hugo dressé par l’un de ses intimes, quelqu’un qui l’a fréquenté pendant plus de vingt ans au jour le jour…

Victor Hugo chez lui, Richard LESCLIDE dans Littérature 9782912587107TN
Richard Lesclide, Victor Hugo chez lui, Raymond Castells Edition, 1998, 250 p.

 

 
Extrait :
Voici deux anecdotes parmi mes préférées :)

Pendant le Siège
« Malgré les efforts et les dépenses, il y avait en ce temps là, chez Victor Hugo, des jours où le bifteck était singulièrement coriace. On se regardait alors en silence, arrachant des lambeaux de cuir à la viande sur laquelle la cuisinière avait épuisé ses plus savantes combinaisons. Quelquefois, le poète se sentait bourrelé d’émotions internes… Un jour, un jour fatal, un malaise singulier s’empara de toutes les personnes présentes, et, ma foi, la grande voix de Victor Hugo se fit alors entendre, exprimant les préoccupations des convives :

Mon dîner me tracasse, et même me harcèle :
J’ai mangé du cheval – et je songe à la selle !

Honni soit qui mal y pense ! Il est certain qu’un franc rire nous guérit, ce jour-là, de toutes les indigestions. »

 

En exil
« Victor Hugo est d’une bienveillance extrême pour les esprits naïfs et ne permet pas qu’on les raille devant lui.
Il accueillait, pendant ses années d’exil, tous les Français qui demandaient à lui serrer la main et les admettait volontiers à sa table. Il arrivait à se faire adorer de la plupart de ses visiteurs ; quelques uns devenaient parfois importuns ; il les recevait avec une bonne grâce toujours égale, et faisait ajouter un couvert pour eux, quand ils frappaient à la porte.

Le bonhomme Durand – je ne l’ai jamais entendu nommer autrement – était un de ces commensaux assidus. Persécuté après le coup d’Etat pour ses opinions avancées, il avait rejoint à Jersey les hommes de l’exil. Il y avait repris son métier d’agriculteur, mais avec l’air de Mignon regrettant sa patrie. Ce vigneron de la Bourgogne ne pouvait s’accoutumer à voir des ceps de vigne sous cloche, et ils ne vivent à Jersey qu’à cette condition. Pour se consoler, il composait des chansons patriotiques qu’il chantait hardiment à la table de Hugo. L’auteur des Châtiments écoutait avec bienveillance.

- J’ai fait une nouvelle composition, dit un jour le père Durand au dessert.
- Vous allez nous la dire.
- Je vous préviens d’abord que c’est une chanson guerrière.
- Allez toujours.
- Une chanson faite pour mettre le feu au ventre des soldats, une vraie chanson de bataille et de victoire.
- Bien, nous vous écoutons.
Alors, le bonhomme Durand se lève, se mouche, et entonne d’une voix de stentor :

Sauvons-nous ! Sauvons-nous !…

La suite de la chanson eût peut-être expliqué ce cri d’épouvante au début d’une chanson belliqueuse, mais des éclats de rire universels coupèrent la parole du bonhomme Durand. »

 


4 commentaires

  1. Lou dit :

    Ce livre pourrait peut-être m’aider à nouer des liens un peu plus affectifs avec Victor Hugo dont « les Châtiments » m’ont laissé un très mauvais souvenir (que la lecture de « Notre Dame de Paris » n’a pas pu totalement effacer). Mais comme c’est si bien dit ici, j’ai moi aussi « goûté » ses écrits pour la première fois en préparant mon bac. Cela dit je pense que si j’avais d’abord découvert ses romans nous serions en bien meilleurs termes lui et moi ;)

  2. Yohan dit :

    Je ne connaissais pas ce livre mais les anecdotes rapportées ici m’ont fait rire !
    Je note donc !

  3. coeurdechene dit :

    @Lou, j’ai eu tellement de mal au lycée avec mes camarades de classe parce que j’étais le seul à aimer Hugo… C’est bizarre mais ça a été le coup de foudre. Cependant je comprends tout à fait qu’on puisse ne pas accrocher du tout. C’est une écriture particulière, résolument engagée… Enfin, on pourrait dire beaucoup de choses.

    Yohan et Lou, si vous arrivez à trouver ce livre, je vous souhaite beaucoup de plaisir à sa lecture. J’ai eu énormément de mal à choisir les anecdotes que j’allais mettre tellement il y en a qui me plaisent et qui sont évocatrices du personnage. Je serai en tout cas très heureux d’avoir vos avis sur cet ouvrage si vous le lisez…

  4. kali dit :

    J’ai toujours beaucoup aimé Hugo, mais je le connais très mal, pour ne pas dire pas du tout. Je reprends un nouveau cursus universitaire, et je vais avoir, en littérature, tout un cour sur « l’épopée au XIXe », essentiellement autour de « La légende des siècles » écrite par Totor :o )
    Je note donc ce titre au cas où je le trouve à la bibliothèque, pour mieux connaître l’homme au-delà de l’écrivain.

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