Caïn, Lord BYRON

En rentrant du Salon du Livre, trois heures de train m’ont permis de lire ce petit ouvrage du poète. Il s’agit ici d’une pièce de théâtre en trois actes, plus proche du genre du « mystère » que de celui du drame classique.

L’histoire de Caïn est connue, aussi je ne vais pas m’attarder sur le résumé.
Adam et Eve, chassés du Paradis, ont deux fils. Abel, qui devient berger et suis les préceptes de ses parents, et Caïn, agriculteur à l’esprit rebelle cherchant la cause de toute chose et aigri par la malédiction liée au péché. Dans le chapitre 4 du livre de la Genèse (premier livre de la Bible), Caïn tue son frère Abel par jalousie et doit fuir ensuite pour expier son crime.

Dans la version de Byron, les deux frères ont chacun pour épouse une de leurs sœurs. Caïn et Adah ont déjà un fils et une fille, tandis qu’Abel et Zillah découvrent à peine leur amour. Lord Byron indique dans la Préface que les noms des épouses qu’il a pris sont en réalité ceux donnés dans la Bible aux femmes de Lamech (ou Lémec, selon les traductions), un des descendants de Caïn (Genèse 4 : 17-18). Les libertés prises avec le texte sont minimes, mais existent.

En ce sens, l’adresse au lecteur est limpide : L’auteur a tenté de préserver un langage adapté à ses personnages et lorsqu’il s’est directement inspiré des Saintes Ecritures (c’est rarement le cas), il a effectué le moins de modifications possibles, y compris sur les mots, de façon à respecter le rythme.
Il s’agit donc bien ici d’une production littéraire et non pas d’une réécriture de la Bible. Les idées défendues témoignent des débats de l’époque (théorie de Cuvier sur les différents âges de la Terre ou encore les recherches archéologiques et anthropologiques sur les premiers hommes).

Qu’apporte alors cette pièce très courte ? Eh bien dans l’essentiel, il s’agit d’un débat passionné sur le péché entre Caïn et Lucifer. Oui, Lucifer, l’ange porteur de lumière, la main droite de Dieu jusqu’à sa déchéance. Depuis appelé Satan…
Caïn est tourmenté par la Mort. C’est un mot qui n’implique que peu de choses pour lui puisqu’il n’y a jamais directement été confronté. En effet, les seuls êtres à mourir pour l’instant sont les bêtes du troupeau d’Abel offertes en sacrifice. Cet état de choses trouble Caïn et l’incite à se détourner de Dieu. Dans cet esprit, il ne peut que tomber sous le charme de Lucifer, ennemi de Dieu, qui présente ce dernier comme un tyran d’amour impitoyable, ne laissant aucune place au choix ni au libre arbitre. Pour preuve, le péché d’Adam et Eve a été durement sanctionné : chassés du Jardin d’Eden, ils sont condamnés à vivre sur une Terre ingrate, de gagner leur nourriture à la sueur de leur front et de se protéger contre les créatures rendues sauvages par la Chute.

L’argument fait mouche, Caïn veut en savoir plus. Lucifer emmène le jeune homme explorer ce qui pourrait s’apparenter à l’Hadès, où Caïn voit de ses yeux les différentes population qui ont été sur Terre et qui ont précédé la venue de sa propre famille.

Ce petit ouvrage est très accessible et ouvre une perspective de débat intéressante sur la condition humaine avec un arrière plan religieux sur la foi et le péché. Il se lit sans avoir besoin de posséder une connaissance théologique approfondie et pourrait même au contraire rebuter ceux qui en ont une et sont ancrés dans des principes et des doctrines stricts.

CaÏn, Lord BYRON

 

 

 

Lord BYRON, Caïn, Editions ALLIA, 2004, 148 p.

 

 

 
Extrait
Lucifer. – Eve, ta mère, mieux que quiconque, peut
T’expliquer quelle forme de serpent l’a tentée.

Caïn. – Celui-ci semble trop affreux. L’autre, sans aucun doute,
Etait plus beau.

Lucifer. – Ne l’as-tu jamais vu ?

Caïn. – J’en ai vu beaucoup de la même espèce,
Mais jamais précisément celui qui a rendu
Irrésistible le fruit fatal, ni aucun semblable.

Lucifer. – Et ton père, ne l’a-t-il pas vu ?

Caïn. – Non : c’est ma mère qui
L’a tenté, après avoir elle-même été séduite par le serpent.

Lucifer. – Brave homme ! Si jamais ton épouse, ou tes brus
Vous tentent, toi ou tes fils, avec le parfum de la nouveauté ou de l’étrange,
Assure toi d’abord de découvrir qui est à l’origine de leur tentation.

Caïn. – Ton conseil arrive trop tard : les serpents
N’ont plus rien qui puisse tenter les femmes.

Lucifer. – Mais il reste encore
Aux femmes de quoi tenter les hommes
Et aux hommes de quoi tenter les femmes. Que tes fils restent vigilants !
Mon conseil est généreux, car il t’est essentiellement prodigué
A mes dépens. Il est vrai
Qu’il ne sera pas suivi, j’ai donc peu à perdre.

Caïn. – Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

 


Un commentaire

  1. Aurore dit :

    Votre commentaire à propos de Caïn est brillant à mon goût, cependant j’aimerai ajouter qu’en lisant cette pièce on découvre intrinsèquement les sentiments qui boulversaient Byron à l’époque de son écriture. Caïn, tout comme Byron, est à la recherche d’une identité concrète et veut mesurer par lui-même les limites de la vie.
    J’ai adoré à la fois le poète fabuleux qu’est Byron et le dramaturge.
    Notons que l’on peut apprécier la pièce dramatico-mystique Caïn sans pour autant avoir précédemment savouré Le Pèlerinage du chevalier Harold ou les autres oeuvres plus lyriques du tourmenté Lord Byron.
    Aurore, élève de Première L.

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