Troie t.1, Le Seigneur de l’Arc d’Argent, David GEMMELL

Il y a longtemps le monde a connu un âge d’or. Une époque hors du commun dans l’imaginaire d’aujourd’hui, où grandeur et décadence se mêlaient. David Gemmell nous invite à y prendre part et nous ouvre les portes de ce monde perdu. Bienvenue dans la Grèce antique chantée par Homère, bienvenue dans l’époque des Héros… Bienvenue à Troie !

Ils sont trois.

Trois individus qui par leurs actions vont changer le cours de l’Histoire et la face du monde. Tel est leur destin. Mais peut-on y échapper ?

Hélicon, prince marchand sillonnant la Grande Verte. Connu des têtes couronnées comme le Prince Enée de Dardanie, ami d’Ulysse d’Ithaque. Un homme au courage et au courroux légendaire.

Andromaque, prêtresse promise à Hector de Troie, le fils du roi Priam. Une femme au tempérament de feu et dont l’indépendance forcenée se dresse contre la volonté des rois.

Argurios, une légende vivante, le guerrier mycénien le plus admiré, un proche du roi Agamemnon. Un être solitaire à dont la fierté et l’honneur n’ont d’égale que son désir de vengeance.

A Troie, ils découvrent une cité déchirée par des rivalités impitoyables – un maelström de jalousies, de tromperies et de traîtrises meurtrières. En dehors des murs de la cité mythique, des ennemis assoiffés de sang convoitent ses richesses et conspirent à sa chute. C’est une époque de bravoure et de trahison.

Une époque de bains de sang et de terreur.

Une époque pour les héros !

Voici le dernier roman de Gemmell publié de son vivant.

Le prélude à une trilogie de fantasy historique ayant pour cadre la légendaire Guerre de Troie. Gemmell n’en est pas à son premier essai dans ce genre particulier. Il avait déjà livré avec Le Lion de Macédoine une excellente tétralogie narrant la vie de Parménion, un général spartiate ami et mentor d’Alexandre le Grand…

Ce premier opus permet la mise en place du décors, la présentation avec les personnages principaux et le lancement des différentes intrigues.

Pour autant, le récit ne manque pas de rythme.

Alternant avec efficacité et la maîtrise qu’on lui connaît les scènes d’action et les réflexions, l’auteur donne à ses personnages une réelle profondeur psychologique et brosse un tableau étonnamment réaliste du pourtour méditerranéen de l’époque mycénienne.

Plus intéressant encore, il fait fi de l’imagerie populaire qui pose Agamemnon en défenseur de valeurs telles que l’amour et l’honneur de son frère. Au contraire, le point de vue adopté est celui d’Hélicon, ou Enée, attaché à Troie. Les Mycéniens sont présentés comme un peuple barbare et sanguinaire, l’équivalent grec de nos vikings, ne rêvant que de pillages, viols et villages en feu.

L’écriture ne change pas, elle est toujours vive, laissant à l’imagination suffisamment de place pour créer l’univers décrit et en même temps très explicite. Les scènes d’action et de combats sont toutes des petits bijoux. On retrouve également les thèmes chers à Gemmell, la guerre, l’amour, la vengeance, et la notion de courage. Encore une fois, et peut-être de manière plus pertinente que dans ses précédents ouvrages en raison de la réalité historique, on perçoit la vanité des existences des personnages et de leur combat.

Un critique relevait que dans les récits de Gemmell, l’homme se change en héros du fait qu’il se bat contre un destin inéluctable et que ce combat est perdu d’avance.

Pourtant le héros n’abandonne pas le combat… et peut même persuader le destin de changer.

Combien vont changer leur destin ici ? La réponse dans la suite…

Un lecteur averti et connaissant le sujet prendra plaisir à côtoyer les grands noms de cette tranche de la mythologie grecque. Le personnage d’Ulysse est particulièrement savoureux.

Pour celui qui découvrirait les personnages et l’histoire, qu’il se laisse porter par le rythme du récit et ouvre grand ses yeux et ses oreilles. Car ici, la légende revient à la vie.

Troie

David Gemmell, Troie, le Seigneur de l’Arc d’Argent, Bragelonne, 2008, 447 pages.

 

 

 

Extrait :

Agamemnon consulte les oracles pour connaître l’avenir

« Vieux de plusieurs centaines d’années, le rituel se fondait sur une ancienne croyance : un prêtre ne pouvait communier pleinement avec les dieux que que s’il était aux portes de la mort. Et donc tous les quatre ans, un homme était choisi pour mourir au service de son roi. [...]

Agamemnon attendit.
- Du feu dans le ciel, dit le prêtre, et une montagne d’eau qui atteint les nuages. Méfie-toi du Grand Cheval, roi Agamemnon.
- Ne parle pas par énigmes, ordonna le roi. Et le royaume ? Et la puissance de Mycènes ?
Les yeux du prêtre étincelèrent de colère. Puis il sourit.
- Ta volonté sera accomplie, ô roi. Je t’aurais offert une forêt entière de vérités, mais tu préfères parler d’une seule feuille. Très bien. Puissant tu seras toujours quand tu reviendras dans ces corridors de pierre. Et tu aura un fils.
- Quels dangers devrais-je affronter ? demanda Agamemnon.
- Un monarque est toujours en danger, roi Agamemnon. S’il n’est pas assez fort, il sera abattu. S’il n’est pas assez sage, il sera détrôné. Les graines du malheur sont plantées à chaque saison, et elles n’ont pas besoin de soleil ou de pluie pour croître.
- Qu’as-tu vu d’autre ? dit Agamemnon. Parle ! Tu es aux portes de la mort.
- Je ne crains pas la mort, roi des épées, roi du sang, roi du pillage. Tu vivras à jamais, Agamemnon, dans le cœur et l’esprit des hommes. Quand le nom de ton père sera devenu poussière, emporté par les vents de l’éternité, le tien sera prononcé – et souvent. Quand ta lignée ne sera plus qu’un souvenir, quand tous les royaumes seront tombés dans l’oubli, ton nom résonnera toujours. Je l’ai vu.
- Voilà qui me convient davantage, dit le roi. Quoi d’autre ? Vite car le temps qui te reste est bref ! Dis-moi le nom du plus grand danger que j’affronterais.
- Tu veux seulement un nom ? Comme les hommes sont étranges… Tu aurais pu… demander des réponses, Agamemnon.
La voix du vieil homme devenait pâteuse et faible. La ciguë avait atteint son cerveau.
- Donne-moi un nom, et je connaîtrai les réponses.
- Alectruon m’a demandé un nom, quand j’étais simplement un prophète, et que je n’avais pas – comme maintenant – la clairvoyance des agonisants. J’ai nommé Hélicon le Bienheureux. Et qu’a-t-il fait, ton imbécile d’ami ? Il est parti en mer à la recherche d’Hélicon, et il a attiré les foudres du ciel sur sa propre tête. Tu veux un nom, roi Agamemnon ? C’est le même. Hélicon.
- Hélicon me menace ? demanda le roi.
Le prêtre mourant parla une dernière fois.
- Je vois des hommes brûler comme des chandelles, et… un vaisseau de flammes. Je vois un homme sans tête… et une grande fureur. Je vois… de nombreux vaisseaux, comme une volée d’oiseaux. Je vois la guerre, Agamemnon, longue et terrible, et la mort de nombreux héros.
Dans un dernier cri, le prêtre retomba au creux des bras de la femme voilée.

Un puissant guerrier rejoignit le roi. Il avait des cheveux si blonds qu’ils paraissaient blancs à la lumière des lampes.
- Il a parlé d’un grand cheval, mon seigneur. Les voiles des vaisseaux d’Hélicon sont toutes décorées du symbole d’un grand cheval noir cabré. [...]
Il y eut un cri étranglé derrière eux. Agamemnon fit volte-face. Le vieux prêtre avait rouvert les yeux. Il tremblait, et ses bras s’agitaient spasmodiquement.
- L’Âge des Héros se termine ! cria-t-il d’une voix redevenue forte et claire. Les rivières charrient du sang, le ciel est en flammes ! Et regardez les hommes brûler sur la Grande Verte ! (Ses yeux se rivèrent sur le visage d’Agamemnon.) Le Cheval ! Méfie-toi du Grand Cheval !
Du sang jaillit de la bouche du prêtre, inondant ses robes claires. Son visage se tordit et ses yeux s’agrandirent de peur. Puis un autre spasme le secoua, et il poussa son dernier soupir. »

 


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