La Saga de Hrolf Kraki, Poul ANDERSON

Chaque civilisation à son héros, ses mythes et ses légendes. Nous connaissons ceux de Grèce et de Rome. J’ai parlé il y a quelques temps de Gilgamesh, roi mythique de Mésopotamie. Voici maintenant l’histoire d’un grand roi nordique, un de ceux qui unifia le Danemark et dont la vie ressemble à une tragédie grecque.

Il est l’héritier des ténèbres.

Son père est mort dans un odieux complot.

Son grand père a péri de la main même de son propre frère…

Il est le fils du pouvoir.

Dans ses veines coule le sang des Skjoldung, souverains d’un Danemark sauvage et impitoyable.

Il est Hrolf Kraki.

Le plus grand prince danois du Haut Moyen Age, né d’un amour incestueux, en guerre pour accéder au trône.

Voici le récit d’une époque où régnait la magie des runes, où les êtres surnaturels marchaient aux côtés des hommes, où l’Histoire s’appelait Destinée et avait pour couleur celle du sang versé.

Ce récit est une saga nordique relatant l’histoire de la famille des Skjoldung, et plus particulièrement la vie de Hrolf Kraki, leur plus illustre représentant.

Pourquoi ne le connaissons nous pas ?

Simplement parce que le récit originale, daté du VIème siècle, est écrit sous forme de Lai. Donc impropre à la lecture de nos contemporains, a contrario de la saga de Beowulf.

L’avant-propos de Poul Anderson apprendra à qui l’ignore que Hrolf, roi légendaire du Danemark au VIème siècle, « devint au Nord ce que fut Arthur à la Grande-Bretagne et Charlemagne à la France ». Les récits héroïques qui le concernent n’ont cependant pas eu le succès d’autres sagas - notamment celle de son contemporain Beowulf, que nous croiserons d’ailleurs dans cet ouvrage - car ils n’ont pas eu la chance de « se présenter sous la forme d’un récit nerveux en prose ».

Et comme pour nombre de récits mythiques, l’histoire est fractionnée entre les différents protagonistes. Le héros que l’on s’attend être Hrolf Kraki, puisqu’il apparaît dans le titre, ne joue en fait qu’un rôle mineur dans l’histoire.

Il se fait bien souvent voler la vedette par ses guerriers ou les hommes qui l’accompagnent, comme Gauvain, Perceval et Lancelot dans le Cycle Arthurien.

Malgré cela, le récit est vif, rythmé, plein de bruit et de fureur.

D’ailleurs, Anderson prévient le lecteur dans sa préface que son récit est peut-être trop violent pour lui. Cependant, cet avertissement qui était certainement utile lors de la parution en 1973 ne l’est plus vraiment en regard de l’évolution des lectures et des mentalités.

Certes la saga s’inscrit de plain pied dans ce moyen âge nordique avec tout ce que l’on peut imaginer de viols, pillages, meurtres, rapines en tous genres. Mais il reste tout à fait lisible, ne s’attardant pas vraiment sur les détails macabres. Ces horreurs sont de toute façon la toile de fond de l’époque (c’est quand même pas un Disney…) mais je n’y ai rien relevé de réellement choquant.

Une remarque quant à l’écriture.

Anderson utilise les termes consacrés, tout en ayant simplifié la syntaxe des noms. Il n’y a par exemple aucun de ces famaeux « ø » dans les noms. Cependant il faut s’y retrouver entre les things, les jarls et autres shérifs. De la même manière, mes notions géographiques ne m’ont pas énormément aidé pour me repérer. Mais ce n’est pas un obstacle majeur.

Le plus délicat pour moi (pourtant habitué à ce genre de difficultés grâce au Silmarillion de Tolkien ou mes lectures mythologiques) a été d’arriver à comprendre les liens familiaux. En effet, les Skjoldung dont on suit le lignage n’ont rien à envier à Œdipe et sa famille. Helgi est à la fois le père et le grand père de Hrolf. Ça, c’est jouable. Mais le problème c’est que Yrsa, la fille d’Helgi est aussi la mère de Hrolf. Donc sa sœur… Là ça se corse car dans le récit elle est appelé des deux manières. Et en définitive, lorsqu’on parle du grand père de Hrolf, ce n’est pas Helgi qu’on évoque mais le père de ce dernier… Bref, c’est dur à suivre, heureusement qu’il y a un arbre généalogique en début de volume :)

Mais c’est tout à fait plaisant.

Juste pour le plaisir de le citer, voici le commentaire de Xavier Mauméjean, auteur contemporain d’Uchronies :

« On l’aura compris, voici un roman qui sent sous les bras. Une pure jouissance de lecture, rendue disponible au lectorat français par une traduction remarquable qui parvient à préserver le rythme des chants, mais aussi la modernité du style d’Anderson. Nul doute que l’éditeur offrira à Pierre-Paul Durastanti deux pucelles nattées qui fourrageront dans sa barbe. Enfin, notons que Poul Anderson avait déjà mis en scène le roi Helgi dans « L’Homme qui était arrivé trop tôt » (Histoires de voyages dans le temps, Livre de Poche), nouvelle qui voyait un soldat contemporain projeté au VIe siècle et défaillir à l’odeur de pieds vikings. Quand je vous dis que ce n’est pas de la littérature pour buveurs de verveine, parole de Loki ! » (extrait du site http://www.noosfere.com)

Un mot sur Poul Anderson (1926-2001), auteur très peu connu en France :

Il fait partie des grands auteurs classiques de l’Age d’Or américain. Lauréat de trois prix Nébula et de sept prix Hugo. Boudé en France par la critique, considéré outre-Atlantique comme un maître incontournable, on lui doit des livres cultes du genre, dont Les Croisés du Cosmos et La Patrouille du Temps.

La Saga de Hrolf Kraki est considéré comme un monument de la littérature épique, sans équivalent et salué par le distingué British Fantasy Award en 1974.

Hrolf Kraki

Poul ANDERSON, La Saga de Hrolf Kraki, Le Bélial’, 1973, 311 pages.

Extrait :

Helgi, le père de Hrolf, est pris dans une embuscade tendue par son gendre, le deuxième mari d’Yrsa.

« [...] Helgi se heurta à un berserker. Cerné de toutes parts, il ne put reprendre de la vitesse. Le monstre balança sa hache et l’abattit dans un fracas de jugement dernier. Le bouclier d’Helgi éclata et son bras gauche failli l’imiter. Il recula en chancelant. Il serait reparti de plus belle à l’assaut du berserker mais trop de combattants s’interposaient.

Ses hommes se battaient opiniâtrement à ses côtés mais, un par un, submergés par le nombre, ils moururent. Helgi fut percé de lances partout où n’était protégé par son casque ou sa broigne ; son sang et sa sueur emplissaient ses bottes ; le métal qui le couvrait détournait les coups sans les empêcher de le meurtrir jusqu’à l’os. Il se battait toujours. Sa lame en furie moissonnait.

Un berserker abattit son porte-bannière. Le jeune garçon n’eut pas la moindre chance. Sa cervelle gicla, il bascula et la bannière s’affala dans la poussière. Les Danois ne savaient plus où tenir bon. Le Sanglier d’Or flotta haut. Les Suédois se ruèrent à l’assaut.

Des nuages bleu noir s’amassèrent dans le ciel, un vent glacé se leva et la lumière prit un étrange ton jaune cuivré.

Helgi, coupé de ses derniers hommes, recula en ferraillant de sa seule main valide, avec une épée bosselée et émoussée. Les morts, les blessés marquaient son passage. Il venait sans cesse plus d’ennemis. Il pataugea dans la rivière qui rougit de son sang. Ketil, le premier des berserkers, le rencontra là en hurlant, en hululant, en lui assenant coup sur coup tel la grêle qui commençait à tomber, mais sans jamais paraître ressentir ceux que le roi faisait pleuvoir sur lui.

On entendit Helgi croasser : « Garm s’échappe. Il a avalé la lune… » Il tomba et la rivière entraîna vers la mer le peu de sang qui lui restait.

Avec lui moururent tous ceux qui avaient mis le pied sur ce rivage. Les autres furent prévenus par des éclaireurs et s’enfuirent en direction du Danemark.

Yrsa pleura. Ici s’achève l’histoire du roi Helgi. »

 


15 commentaires

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