Etre un guerrier de la lumière

Voila quelques années que j’ai ce fascicule de Paulo Coelho sur mes étagères : Manuel du Guerrier de la Lumière. De temps en temps je le prends et je l’ouvre au hasard. Il est écrit de telle manière que chaque page peut se lire indépendamment d’une autre, car chacune recèle une penséebien précise.

Ce court texte m’attire car il ouvre la porte à beaucoup de notions et que je suis un touche-à-tout. Il m’attire également car les perles de sagesse qu’il contient, pour la plupart, je peux me les appliquer en remplaçant tout bêtement le terme « Guerrier de la Lumière » par celui qui me convient. Et que beaucoup des notions qui sont présentes peuvent être également prêtées à la sagesse chrétienne. D’ailleurs, dans la plupart des cas, le remplacement avec le mot « chrétien » convient tout autant…

Mais par-dessus tout, ce qui m’a marqué, c’est le début de cet opus.
L’auteur, en quelques pages d’introduction, narre une histoire magnifique de simplicité et qui trouve un écho chez moi par la vision de l’innocence perdue avec l’enfance.

Voici ces premières pages, comme une courte nouvelle, que je voudrais partager.

 

« De la plage, à l’est du village, on aperçoit une île où se dresse un temple gigantesque, aux innombrables cloches », dit la femme.
Le petit garçon ne l’avait jamais vue dans les environs ; il remarqua qu’elle portait des vêtements étranges et qu’un voile recouvrait ses cheveux.
« Connais-tu ce temple ? lui demanda-t-elle. Va le voir, et tu me diras comment tu le trouves. »

 

Séduit par la beauté de la femme, l’enfant se rendit à l’endroit indiqué. Assis sur le sable, il scruta l’horizon, mais ne vit que le spectacle auquel il était habitué : le ciel bleu qui se mêlait à l’océan.
Déçu, il marcha jusqu’au hameau voisin, et il demanda aux pêcheurs s’ils avaient entendu parler d’une île et d’un temple.
« Oui ! Il y a très longtemps, à l’époque où mes arrière-grands-parents habitaient par là, lui répondit un vieux pêcheur. Mais un tremblement de terre s’est produit, et l’île a été engloutie. Pourtnat, même si nous ne pouvons plus la voir, il nous arrive encore d’entendre les cloches du temple, lorsque le balancement des vagues dans les profondeurs marines les fait sonner. » L’enfant retourna sur la plage et il tendit l’oreille. il attendit ainsi tout l’après midi, mais il ne perçus que le bruit des vagues et les cris des mouettes.

 

Quand ce fut la nuit, ses parents vinrent le chercher. Mais, le lendemain matin, il retourna sur la plage ; l’image de la femme le hantait, et il lui semblait impensable qu’une personne aussi belle pût raconter des mensonges. Si un jour elle revenait, il pourrais lui dire qu’il n’avait pas vu l’île, mais qu’il avait entendu les cloches du temple que le mouvement des vagues faisait tinter.
Ainsi passèrent des mois ; la femme ne revint pas, et le gamin l’oublia ; mais il se souvenait qu’il y avait un temple sous l’eau et un temple renferme toujours des richesses et des trésors. S’il entendait les cloches, l’enfant aurait la certitude que les pêcheurs avaient dit la vérité ; aussi, quand il serait assez grand, il pourrait rassembler assez d’argent pour monter une expédition et découvrir le trésor caché.

 

Il ne s’intéressait plus à l’école, ni à ses camarades. Il devint le sujet de plaisanterie favori des autres enfants, qui répétaient : « Il n’est plus comme nous. Il préfère rester face à la mer, et il évite de jouer avec nous parce qu’il a peur de perdre. »
Et tous riaient en voyant le gamin assis au bord de la plage.
Bien qu’il ne réussît toujours pas à entendre les vieilles cloches du temple, l’enfant, chaque matin, allait apprendre quelque chose de différent. D’abord, il découvrit que, à force de percevoir leur rumeur, il ne se laissait plus distraire par les vagues. Peu après, il s’habitua aussi aux cris des mouettes, au bourdonnement des abeilles, au vent qui faisait claquer les feuilles des palmiers.

 

Six mois après sa première rencontre avec la femme, le petit garçon était capable de ne plus se laisser distraire par aucun bruit – mais il n’entendait pas pour autant les cloches du temple englouti.
D’autres pêcheurs étaient venus lui parler. « Nous, nous les entendons ! » affirmaient-ils avec insistance.
Mais le gamin n’y parvenait pas.
Quelques temps après, les propos des pêcheurs changèrent : « Tu te préoccupes trop du bruit des cloches ; laisse tomber, et retourne jouer avec tes copains. Peut-être les pêcheurs sont-ils les seuls à pouvoir les entendre. »

 

Au bout d’un an environ, l’enfant décida de renoncer. « Ces hommes ont peut-être raison. Il vaut mieux que je grandisse et que je devienne pêcheur ; alors, je retournerai tous les matins sur cette plage, et j’entendrai les cloches. » Et il pensa aussi : « Peut-être que tout cela est une légende, et qu’avec le tremblement de terre les cloches se sont brisées et ne sonneront plus jamais. »

 

Cet après-midi-là, il décida de rentrer chez lui.
S’approchant de l’océan pour lui faire ses adieux, il regarda encore une fois la nature et, comme il ne s’inquiétait plus des cloches, il put sourire de la beauté du chant des mouettes, de la rumeur de la mer, du vent qui faisait claquer les feuilles des palmiers. Il écouta au loin les voix de ses amis qui s’amusaient et se sentit joyeux de savoir qu’il pouvait retourner aux jeux de son enfance. Ils s’étaient peut-être moqués de lui, mais ils oublieraient vite ce qui s’était passé et ils l’accueilleraient.
L’enfant était content et – comme seul un enfant peut le faire – il remercia d’être en vie. Il avait la certitude de n’avoir pas perdu son temps, car il avait appris à contempler et à révérer la Nature.
Alors, parce qu’il écoutait la mer, les mouettes, le vent, le bruissement des palmes et les voix de ses amis qui jouaient, il entendit aussi la première cloche.
Et une autre.
Et encore une autre. Jusqu’au moment où toutes les cloches du temple englouti se mirent à sonner, le remplissant de joie.

Un Guerrier de la Lumière prête attention au regard d’un enfant,
Parce que les enfants savent voir le monde sans amertume.

Lorsqu’il désire savoir si une personne est digne de confiance,
Il la regarde ave les yeux d’un enfant.

Mohai

 

 Paulo COELHO, Manuel du Guerrier de la Lumière, Le Livre de Poche, Paris, 1997, 156 pages.

 


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