Jonathan Strange & Mr Norrell, Susanna Clarke

Et si l’Angleterre était une terre de magie ? Et si le plus grand des rois, John Uskglass, n’était jamais vraiment mort ? Et si deux magiciens inconscient, à cause d’une lutte entre eux, chamboulaient l’histoire de leur monde en réveillant des forces et des puissances qu’ils ne contrôlent pas…?

Angleterre, XIXème siècle.

La magie « anglaise » a disparu depuis plusieurs siècles, et avec elle son représentant le plus illustre : John Uskglass, connu sous le nom de Roi Corbeau. Réputé pour avoir amené la magie à son apogée, et gouverné plusieurs mondes, dont l’Angleterre. Son souvenir reste toutefois ancré de manière bien concrète dans les mémoires grâce aux routes et bâtiments construits sous son règne ainsi que les lois promulguées de son vivant et toujours en vigueur.

Gilbert Norrell se fait connaître par le gouvernement comme le dernier magicien en vie. Alors que tous les autres ne sont finalement que des historiens de la magie, il est, lui, un véritable praticien et ses actions vont permettre à l’Angleterre de relever la tête dans la guerre qui l’oppose à Napoléon.

Jonathan Strange, un jeune homme de bonne famille, s’installe peu après dans la demeure de Norrell pour devenir son élève, possédant lui aussi un talent certain pour la magie. Las, les deux magiciens ont des vues différentes sur l’étude et les applications magiques. Leur querelle ouvre une période de profonds changements pour l’Angleterre et bien peu y échapperont.

Parallèlement, un Garçon-Fée, le « Gentleman aux cheveux comme du duvet de chardon » s’applique à être l’instrument d’une ancienne prophétie du Roi Corbeau…

Voilà en quelques mots les composantes de l’intrigue.

J’ai trouvé un roman dont le style m’a parlé dès les premières pages. Précis, fluide malgré de longues pauses narratives et pas mal de notes de bas de page (j’en conviens) mais qui s’amenuisent au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture. D’ailleurs, ces notes permettent une profondeur dans l’univers restitué par Susanna Clarke et une somme de références et précisions pseudo-historiques (les aventures du Roi Corbeau ayant vécu au XIVème siècle et les légendes qui y sont rattachées) tellement réalistes que parfois il serait tentant de rechercher certains détails sur Internet, ou quelques uns des ouvrages cités sur la magie, rien que pour le plaisir d’en caresser la couverture.

D’ailleurs, je n’ai pas pu résister à m’offrir (cadeau de moi à moi ;) ) l’édition Grand Format qui est un magnifique objet, un superbe pavé de plus de 800 pages à la couverture entièrement noire (j’ai trouvé la blanche trop salissante) et aux pages tellement épaisses que c’en est un plaisir de les tourner.

Pour Susanna Clarke, il s’agit d’un premier roman qui a mis une dizaine d’années à voir le jour. Et pour ma part c’est un chef-d’œuvre. Espérons simplement qu’il ne faudra pas attendre dix autres années pour le second volume…

Jonathan Strange & Mr Norrell, Susanna Clarke dans Fantasy 9782221108871

 

Susanna CLARKE, Jonthan Strange & Mr Norrell, Robert Laffont, 2007, 848 pages.

 

Extrait : 

Mr Norrell fait montre de son savoir-faire en enchantant l’église d’York.

Mr Thorpe, qui avait un coeur vaillant, alla seul jeter un regard furtif dans le chapitre pour découvrir qui parlait.
- C’est une statue, déclara-t-il.
Alors les gentlemen de la Société d’York scrutèrent de nouveau les ténèbres au-dessus de leurs têtes en direction de la première voix surnaturelle. Cette fois, très peu d’entre eux doutèrent que la gargouille de pierre en était à l’origine car, au moment où ils regardaient, ils distinguèrent ses petits bras épais qu’elle agitait de désespoir.

Puis tous les autres monuments et statues de la cathédrale se mirent à parler pour témoigner, de leurs voix caverneuses, de tout ce qu’ils avaient vu au cours de leurs vies de pierre. Le vacarme, ainsi que Mr Segundus le rapporta plus tard à Mrs Pleasance, était indescriptible. En effet la cathédrale d’York possédait maintes créatures et animaux fabuleux sculptés qui battaient des ailes.

Beaucoup se plaignaient de leurs voisins, et peut-être n’est-ce guère surprenant puisqu’ils étaient contraints de rester ensemble depuis tant de siècles. Quinze rois de pierre se dressaient chacun sur un socle de pierre dans un grand jubé. Leurs cheveux étaient frisés, on eût dit qu’ils avaient été enroulés sur des papillotes sans avoir jamais été brossés ; Mrs Honeyfoot ne pouvait les voir sans déclarer qu’elle mourait d’envie de donner un coup d’étrille à chacun de ces chefs royaux. Dès l’instant où ils eurent la faculté de la parole, les rois commencèrent à se disputer et à s’apostropher les uns les autres – car tous les socles étaient de hauteur égale et les rois, y compris ceux de pierre, détestent par-dessus tout d’être mis sur un pied d’égalité. Un petit groupe de personnages singuliers se donnaient le bras et guettaient de leurs yeux de pierre, du haut d’une colonne ancienne. Aussitôt que le sortilège produisit son effet, chacun de ceux-ci tenta de repousser les autres loin de lui, comme si même des bras de pierre pouvaient s’enkyloser au bout d’un ou deux siècles, et que leurs propriétaires commençassent à se lasser d’être enchaînés les uns aux autres.

 

Sur Elbakin, ils ont beaucoup aimé…
Laurence a eu beaucoup plus de mal à accrocher, ainsi que Thom.

 


7 commentaires

  1. MarcF dit :

    un petit tag sur mon blog

  2. Leiloona dit :

    Ce roman me fait de l’œil depuis sa sortie. Ton billet me donne encore plus l’envie d’y succomber …
    Je ne savais pas que c’était un premier roman.

  3. coeurdechene dit :

    Succombe, succombe.
    J’espère juste que tu ne seras pas déçue. Car j’ai lu beaucoup d’avis mitigés sur le roman, bien que j’ai du mal à les comprendre…

  4. Scorpius dit :

    Salut Coeurdechene ! ;)
    Concernant ce livre, je l’ai vu à la bibliothèque et j’avouerais que ça a l’air sympa ;)

  5. coeurdechene dit :

    Scorpius, bienvenue ici :)
    Comme tu as pu le voir, j’ai adoré ce roman, même si à la lecture j’ai pris le temps de le savourer (car il faut bien avouer que j’ai mis quasiment un mois pour le lire… C’est qu’il est dense ;) ).
    Et je confirme, il est très sympa. Déjà en tant qu’objet-livre, je le trouve magnifique. Ensuite, pour le contenu, je pense que c’est à chacun de se faire sa propre opinion. Comme je le disais plus haut, les avis sont très partagés dessus et je pense qu’il faut s’y plonger pour se faire son avis.
    Si tu tentes l’aventure, reviens laisser tes impressions ici ;)

  6. Acr0 dit :

    J’ai lu ton avis sur le blog de Laurence (biblioblog) et je suis ravie de tomber sur un avis on ne peut plus positif. Chose que je ne fais que rarement, je lis actuellement des avis sur ce livre, alors que je viens de commencer sa lecture. A vrai dire, je me suis prise au jeu, j’ai commencé par lire les critiques des blogueurs et challengers ABC et de fil en aiguille (ou de blog en blog) je butine sur les avis des autres lecteurs :D
    En tout cas, tu sembles réellement apprécier ce bouquin. Les « contre » argumentent des notes trop présentes, une écriture en longueurs et quelques mornes… ce qui pour moi, actuellement joue en sa faveur, notamment dans les descriptions (temps, maisonnées et ruelles, magie en l’église de York, antre de Mr Norrell,…). Je ne savais pas 1°) qu’il y avait une couverture blanche disponible 2°) qu’un second volume suivrait. Ceci dit, le livre que j’ai emprunté est entièrement noire (tranches des pages incluses), le tien aussi ?

  7. coeurdechene dit :

    AcrO, merci pour ton passage ici.
    J’espère que tu le trouves toujours à ton goût :)
    Pour répondre à ta question, oui, l’édition que j’ai est entièrement noire, les plats et les tranches compris.
    C’est un vrai plaisir pour les yeux (et beaucoup moins salissant que le blanc, c’est pour ça que je ne l’ai pas acheté comme ça). Ceci dit, l’édition noire a eu beaucoup de succès et autour de chez moi il ne reste plus que le blanc en magasin :)
    Pour le second volume, ça me paraît logique lorsqu’arrive la fin. Puisque toute l’action s’est mise en place, il reste maintenant à la résoudre. Et crois moi, je suis impatient de le voir paraître en librairie ;)

    Pour revenir à tes sentiments sur les critiques, c’est vrai que la majorité l’a trouvé long et n’y a décelé aucune action. A l’inverse, je suis entré dans l’histoire avec la pensée que l’auteur avait dépeint le XIXème siècle jusque dans sa manière d’écrire, du coup pas de mauvaises surprises. Et comme je le précise, les notes de bas de page (que d’aucuns ont jugé trop longues) apportent énormément à l’univers créé puisque ce ne sont que des précisions sur des livres imaginaires qui viennent compléter le propos de l’auteur. J’ai trouvé ça génial. Quant à la longueur de ces notes, une fois qu’on a lu du Pratchett, on ne peu pas trouve ce genre de notes longues :D

    Je t’invite à revenir ici quand tu l’auras fini pour me dire ce que tu en auras pensé. Et n’hésite pas non plus à balader sur les pages. Elles attendent tes commentaires ;)

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