Mortelle Eternité, Denis MARQUET

Voila un roman qui n’aura pas fait long feu…
A peine quelques jours après l’avoir acheté et avoir rencontré l’auteur (cf article précédent), voici ma critique de son tout dernier roman, à mettre plutôt en polar.

L’intrigue en quelques mots :
New York, un matin d’été 2007.
Lucie Milton termine l’analyse d’une mystérieuse substance chimique. Le résultat la bouleverse. Une heure plus tard elle est assassinée.
Jeff Mulligan est un inspecteur qui traîne pas mal de casseroles derrière lui. Et qui ne fait rien pour s’en débarasser. Plutôt dans le genre asocial et antipathique avec un caractère violent. Pourtant, une chose s’impose peu à peu à lui : la victime elle-même le guide depuis son au-delà pour le mettre sur la piste de ses meurtriers.
Malgré son inquiétude et ses doutes, Ann Lawrence, la nouvelle équipière de Mulligan, est pourtant prête à le suivre jusqu’au bout. Mais bientôt l’affaire dépasse le simple cadre du meurtre. Les deux inspecteurs mettent à jour une véritable machination. Qui pourrait leur coûter la vie, et peut-être leur âme.

L’éditeur ne laisse aucun doute à la lecture du quatrième de couv’ : « Un formidable suspense dans la lignée des X Files et de Michael Crichton, aux confins de la psychose et du paranormal« .
Ceci dit, autant tout de suite modérer le propos.
Certes, il y a une légère touche de fantastique dans le roman, ce côté qui confine à la folie de l’inspecteur Mulligan et qui parfois n’est pas sans rappeler un clin d’œil à Et si c’était vrai ? de Marc Lévy. Mais ça s’arrête là. Nul monstre à tentacules ou alien prêt à vous sauter à la figure. Donc la référence à X Files n’est bien sûr là que pour faire vendre…

Quant à la référence à Michael Crichton, l’éditeur voit vraiment grand. Peut-être un peu trop.
Comparé au tout dernier roman de Crichton, Next chroniqué ici, il y a vraiment un sacré fossé. Là où Crichton est précis, méthodique, scientifique, Marquet lui reste dans le flou, préférant à la connaissance médicale et l’analyse de ce qu’il décrit  de l’action ou du sentiment. Non qu’il ne soit pas documenté. On sent que le sujet est fouillé et qu’il parle d’autorité. Cependant c’est peut-être trop dilué. Et à la différence de Crichton encore une fois, il ne cite aucune de ses sources, rien sur ses recherches, alors qu’il aurait été intéressant de voir où il avait récupéré ses informations. Que ce soit celles sur Juarez comme celles sur les médicaments cités ou les actions des « radicaux libres » en médecine.

Ceci dit, la lecture reste très agréable, les pages se tournent avec rapidité et facilité. Le lecteur est plongé dans une action simple, fluide, qui ne demande aucune réflexion et monopolise juste sa compréhension. L’énigme n’est pas tortueuse à la façon d’un Chattam ou d’un Grangé, même si quelque part on sent qu’il y a un essai de s’en rapprocher, ne serait-ce que par le thème : la quête de l’immortalité. Thème cher aux deux auteurs cités. Et dont les derniers ouvrages ont tenté une approche intéressante, que ce soit Grangé avec Miserere et ses enfants tueurs sortis tout droits de La Nuit des Enfants Rois de Lenteric, ou Chattam et sa Théorie Gaïa qui relie la Terre, les hommes, leur violence et la recherche scientifique.

Le roman est toutefois un honnête Thriller qui se laisse apprécier et savourer. Denis Marquet ne signe pas un chef d’œuvre et j’ai de loin préféré à ce roman son tout premier, Colère qui se démarquait à l’époque par son côté avant-gardiste sur le sujet des relations homme / planète. Bien sûr, maintenant, ce serait du réchauffé avec tous les films sortis sur le même sujet ou simplement l’animation japonaise qui en a fait depuis un moment son thème principal (il n’y a qu’à voir Appleseed, magistral. Ou encore Jyuu-oh-Sei dans les animes les plus récents).

A découvrir pour passer un agréable moment. Mais pas inoubliable.

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Denis MARQUET, Mortelle Eternité, Albin Michel, 2008, 359 pages.

 

 

Extrait :

Lee s’interrompit, prit un scalpel tendu par son assistant et fit une incision. Ann se contraignit à rester immobile. La voix du médecin avait laissé place à des bruits de chair découpées. Puis il y eut un craquement, suivi d’autres. Le légiste approchait ses lèvres du micro lorsque Mulligan le devança.
— Docteur…
— Oui ?
— Êtes-vous certain de ce que vous avancez concernant l’heure de la mort de la victime ?
— Aussi certain qu’on peut l’être, sergent.
— Quelle est la marge d’erreur ?
— Pour le cas présent, elle est faible. La mort est très récente.
— Pouvez-vous être précis à une heure près ?
— Certainement. Nous avons pris la température du corps à 9 heures du matin. Celle-ci était de 33°2. Cela veut dire que la mort remonte au moins à trois heure trente.
— Pour quelle raison ? demanda Ann.
— À partir du décès, un cadavre perd un degré par heure environ, pour arriver à un équilibre avec la température de la pièce.
Environ, souligna le sergent.
— Écoutez, répartit le médecin sur un ton qui trahissait un commencement de nervosité, j’ai dit « environ » parque nous autrs scientifiques avons l’habitude d’employer un langage prudent, mais cette mesure est l’une des plus fiables qui soit.
— Il doit y avoir une erreur.
— Vous voulez une autre preuve ? Ce corps présente une rigidité cadavérique presque totale, à l’exception du bas des jambes. Celle-ci apparaît en général entre la quatrième et la sixièime heure après le décès, jamais avant la troisième heure, en commençant par la face et les paupières. Le visage de cette femme était déjà atteint de rigidité à mon arrivée sur le lieu du crime à 8 heures 45. Je vosu affirme donc qu’à 5 heures 30 cette femme était morte, ou en train de mourir.
— C’est pourtant impossible.
— Et pourquoi cela ?
— Parce qu’à 6 heures du matin, Lucie Milton était à la porte de mon bureau.

 


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