La Barbe à Papa

Hier soir, je me suis rendu à un atelier d’écriture et l’expérience fut concluante.
Après une accroche faite par un membre, la proposition était de piocher un titre de nouvelle tiré d’ouvrages de Philip Delerm et de s’en inspirer pour faire un texte résolument tourné vers le passé…
Hier soir, donc, séquence nostalgie, mais pas forcément dénuée d’humour.

Comme vous l’aurez deviné grâce au titre, sur le papier que j’ai pioché était inscrit : La Barbe à Papa.barbe à papa
Nous avions 45 minutes pour produire un texte d’une page et demie manuscrite maximum.
Voici donc ma production, n’hésitez pas à laisser vos remarques :)

 

Deux fois par mois, nous sortions au parc pour jouer au ballon et nous inventer des mondes meilleurs.
Deux fois par mois, les parents s’asseyaient sous les platanes, le même banc, toujours. Et tandis que la fratrie partait à la conquête de l’Ouest équipé d’habits de cosmonautes, ils inventaient leur futur, tentant par leur rêve commun de percer les ténèbres du temps.

Invariablement, été comme hiver, elle était là, sur la place.
Portant, selon la saison, bonnet, écharpes et moufles, ou chapeau de paille.
Pas une seule fois je ne l’ai vu absente. Toujours près des chevaux de bois, les yeux rieurs et le sourire chaleureux. Elle nous connaissait par nos prénoms, nous, ses héros d’un jour, deux fois par mois.
Elle avait même noué une amitié avec nos parents. Enfin, une amitié de circonstance, de celles qui se développent lorsque l’on voit souvent les mêmes personnes.

Moi, je l’aimais bien.
Il se dégageait d’elle une odeur de maman mais avec un petit truc en plus.
De fait, un lien s’était créé.
Un lien ténu, un peu collant parfois… mais tellement agréable.
Il se matérialisait chaque fois sous la forme d’une pyramide rosâtre soutenue par un bâtonnet de bois. Notre péché mignon. Notre récompense pour avoir encore une fois sauvé le monde.

Alors, notre trésor en main, et bien en main, nous allions briser l’harmonie de nos parents, histoire qu’ils reprennent pied dans notre réalité.
Les narguant volontairement avec notre trophée, nous plongions avec délice la bouche… et le nez, dans cet océan sucré.
Quel instant de jouissance quand fond sur la langue le filament rosé !
Malheureusement, chaque fois le contre-coup tombait.
Et nous ne pensions jamais à l’anticiper…
Ce fatidique instant où, bâton vide en main, nous nous tournions vers maman qui avait déjà sorti son instrument de torture : le mouchoir qui servirait à nous débarbouiller.

Du coup, Leiloona s’est prêtée à l’exercice. Et a rendu une copie sur la « purée vivante » de son enfance… ici.

 


5 commentaires

  1. Leiloona dit :

    J’aime beaucoup la métaphore filée de ton texte.
    Tu me donnes une idée, tiens. Puis-je moi aussi te prendre cette idée pour écrire un texte tourné vers le passé ?

    Bonne journée, petit cœur de sucre ! :)
    (si tu permets que je t’appelle ainsi. :P )

  2. coeurdechene dit :

    Oula, mais c’est qu’on va devenir intime… :D
    Pas de souci.

    Au contraire, je suis très content que ça serve. prend les idées et je serais heureux de lire en retour ce que ça a donné :)

  3. Leiloona dit :

    Merci ! ;)

  4. Scorpius dit :

    Je n’avais pas encore lu, mais Wouaoh !
    Fabuleux, j’adore ! :)
    J’en lirai un autre demain ! ;)

  5. coeurdechene dit :

    Merci Scorpius.
    Je t’en prie, n’hésite pas à balader, tu es le bienvenu :)
    Et n’hésites pas non plus à laisser ton appréciation, quelle qu’elle soit. Ça m’aide à avancer.

Répondre

thedailyprophet |
Hanitra |
pas d'histoires entre nous |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | journal de la guenon du bou...
| meslivrespreferees
| sandys6