Première nuit, Luigi PIRANDELLO

Je continue ma découverte d’auteurs par le biais de recueils de nouvelles. En ce moment, j’en lis de plus en plus, et ce n’est pas un mal puisque comme ça je découvre d’autres choses…
Sachant que mon passage à Montpellier le mois dernier a grandement contribué à rallonger ma liste de lecture :)

Première nuit est le titre de la première nouvelle de ce court recueil, qui porte en mention complémentaire « et autres nouvelles ».
Pour résumer, je citerai la quatrième de couverture qui me semble tout indiquée :

Sous le soleil de Sicile, les drames conjugaux se succèdent, tantôt cocasses, tantôt tragiques. Avec tendresse et cruauté, Pirandello entre dans les maisons pour sonder les coeurs et raconter la comédie du quotidien : Marastella, qui pleure un amour perdu, épouse un veuf inconsolable ; les Piovanelli se disputent sans cesse pour savoir qui doit mourir le premier ; Anna trouve une photo dans la poche de son mari et découvre la jalousie ; au bout de onze ans de séparation, Mme Lèuca accepte le retour de son mari…

Voila, un univers ancré dans le réel, très rural, plein de sentiments même si l’éditeur affirme qu’il y a des situations cocasses, elles ont une fâcheuse tendance à tourner au tragi-comique.
L’écriture est simple, un peu ancienne (mais c’est peut-être dû à la traduction) et parle sans fioriture des choses du quotidien. Rien que du vécu, du banal, de l’austère, des choses sans importance qui font la vie de personnages lambda dont on oublie le nom une fois la nouvelle lue.

J’ai lu le recueil sans déplaisir, mais je dois également avouer qu’une fois fermé pour telle ou telle raison, je n’avais aucune hâte à m’y replonger. Les considérations philosophiques des peresonnages sur le couple, la vie, la séparation… me passent à des lieues au-dessus de la tête et même si l’ambiance de petit village me plaît beaucoup (parce que mon imaginaire s’en inspire fortement), je suis beaucoup moins versé dans le côté « cancan » et potins de commères qui sont quasi-omniprésents ici.
Pirandello a beau être Prix Nobel de Littérature (1935), j’ai eu du mal à trouver même cette lecture divertissante. cependant, au moins maintenant je connais l’auteur. Je ne suis pas sûr de me laisser tenter à nouveau par ses écrits…

Pirandello

 

 

Luigi PIRANDELLO, Première nuit et autres nouvelles, Folio, 2007 [corpus tiré de Nouvelles Complètes : Nouvelles pour une année, Coll. Quarto, 2000]

 

Extrait :
Elle eut à peine le temps de fourrer la photographie dans sa poche ; son mari se présentait en maugréant sur le seuil de la chambre.
     – Que fais-tu ? Des rangements, comme d’habitude. Pauvre de moi, je ne retrouverai plus rien.
Puis en apercevant l’arme dégainée par terre :
     – Ah ! Tu fais même de l’escrime avec mes complets ?
Et il rit, de ce rire qui ne partait que de la gorge qu’on lui aurait chatouillée, et tout en riant il lança un coup d’oeil à sa femme presque pour lui demander la raison de son propre rire. Et en la regardant, ses paupières battaient à toute vitesse sur de petits yeux noirs inquiets qui se dérobaient.

Vittore Brivio traitait sa femme comme une enfant qui n’était capable que de cet amour ingénu et presque puéril dont il se sentait entouré, souvent jusqu’à l’agacement, et auquel il s’était proposé de ne prêter attention que de temps à autre, tout en faisant preuve d’une condescendance baignée de légère ironie : « Eh bien, allons, je jouerai un peu à l’enfant avec toi, semblait-il dire. Il faut en prendre parti mais ne perdons pas trop de temps. »

Anna avait laissé tomber à ses pieds le vieux veston où elle avait trouvé la photographie. Il le ramassa du bout de la lame, puis appela par la fenêtre le domestique qui servait également de cocher et qui en ce moment même attelait le cheval à la voiture dans le jardin. Dès que le garçon se présenta sous la fenêtre en manches de chemise, Brivio lui jeta grossièrement le veston en pleine figure en accompagnant son aumône d’un « Tiens, c’est pour toi ! ».
     – Tu auras moins à brosser et à ranger, espérons, ajouta-t-il tourné vers sa femme.
Et de nouveau, il eut ce rire forcé, ses paupières battant à plusieurs reprises.

 


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