Troie t. 2, Le bouclier du Tonnerre, David GEMMELL

Une prophétie faite presque vingt ans plus tôt à une reine agonisant en couche peut-elle changer le monde ? Quel crédit lui accorder en tout cas ?
C’est là le noeud de cette intrigue. Et de toutes celles qu’ont fomentés Priam et Hécube, ce couple que l’histoire a maudit…

Quelques jours seulement ont passé depuis qu’Hélicon a été mortellement blessé à Dardanos. Plus encore que la lame enduite de poison qui a déchiré ses chairs, ce qui le ronge de l’intérieur est de connaître le nom de celui qui a ordonné l’assassinat de son père : Ulysse.
Ulysse son ami, son mentor.
Ramené à Troie d’urgence, Hélicon erre dans sa folie fiévreuse et se meurt à petit feu.

Pendant ce temps, Troie se prépare à accueillir tous les rois de la Grande Verte pour célébrer les noces d’Andromaque et Hector. Au menu, conspirations, assassinats et alliances.
Agamemnon n’en rate pas une miette et met en route la machine infernale qui va conduire inexorablement à la guerre contre Troie.

Ulysse récupère sur son navire de bien étranges et dangereux passagers. Deux exilés mycéniens qui ont échappé au massacre ordonné par leur roi, qui s’avèreront des atouts puissants. Et une jeune femme qui s’est vraisemblablement échappée du Temple de Théra.
Temple qui a la particularité d’être interdit aux hommes et qui punit la fuite par la mort. Englobant dans la punition ceux qui ont aidé ou secouru la fuyarde ainsi que leurs familles. Le Temple ne plaisante pas avec l’honneur de sa réputation…

Deuxième opus de cette trilogie qui est une relecture de la célèbre Guerre de Troie, ce roman resserre l’intrigue et fais entrer en jeu de nouveaux personnages qui vont avoir des rôles prédominants.
Comme un fin stratège, Gemmell a d’abord positionné les pièces de son puzzle historique, campant les personnages, dressant un tableau réaliste de la situation des royaumes importants, tant diplomatique qu’économique. Une fois ses préparatifs terminés, les pièces s’assemblent et le tout se met à bouger.

C’est ce qui se passe ici.

Même si l’action ne manquait pas dans le premier volet, ici elle devient plus importante, sans pour autant devenir trop présente. Nombreux sont encore les passages de calme et de douceur et l’espoir arrive même à percer alors qu’il n’y avait plus de raison d’espérer.

Trois parties dans ce livre. Tout d’abord une mise en bouche avec un focus sur Ulysse et son équipage, où l’on suit tout particulièrement les deux mycéniens : Calliadès, un guerrier aux idéaux élevés et à l’épée redoutable et Banoclès, son meilleur ami, un homme dont la légende commence à poindre. Ainsi que la fugitive qui se fait appeler Pira.

Ensuite l’attention se tourne vers Troie, où Ulysse accoste, pour l’Union entre Andromaque et Hector.

Enfin, l’auteur nous impose une ellipse de trois ans durant lesquels la guerre initiée par Agamemnon prend de l’ampleur et s’étend à toute la Grande Verte.

Nul besoin de faire un dessin, je pense que tout le monde aura compris que j’ai adoré ce roman.

Initialement auteur d’Héroïc-Fantasy, David Gemmell (mort il y a deux ans à mon grand regret) est un passionné d’histoire, et précisément d’histoire antique.
Non content d’avoir livré, il y a quelques années, sa vision personnelle de l’épopée incroyable d’Alexandre le Grand par le regard de son commandant en chef, le Spartiate Parménion, il signe une nouvelle fois une oeuvre majeure qui se détache de la Fantasy stricto sensu par (entre autre) une absence totale de magie.
La seule magie qui agit ici est celle autorisée par Homère dans son récit : les visions prémonitoires d’Hécube et de Cassandre. Et les récits d’Ulysse…
Tout le reste n’est qu’oeuvre humaine… Et bien sûr oeuvre de héros…

 Nota : Cette critique a été publiée premièrement sur le site Biblioblog

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David GEMMELL, Troie, tome 2 : Le Bouclier du Tonnerre, Bragelonne édition Collector, 2008, 451 pages.

 

Extrait :

Les récits complets d’Ulysse étant malheureusement trop long, en voici un plus court qui montre bien la facétie du personnage.

A savoir : Circé n’est à la base qu’une gardienne de porcs d’une île qui a vendu un troupeau à Ulysse afin qu’il l’« escorte » sur une île voisine… Ganny est le mâle dominant du troupeau, très attaché à Ulysse car celui-ci vient de le sauver de la noyade.

Le monde entier vieillit, pensa Ulysse tristement. Il tapota d’une main absente la tête du cochon, puis il souleva le manteau qui le recouvrait. Ganny poussa un petit grognement et ouvrit les yeux. Il leva la tête et frotta son groin contre la main d’Ulysse.

- Tu dois pouvoir tirer une histoire de tout ça, dit Mérionès avec un petit rire.

- Je ne suis pas d’humeur à concocter des histoires, grogna Ulysse.

- Alors laisse-moi la raconter pour toi, insista Mérionès. Ulysse est revenu à l’île de la Reine Sorcière. Comme tu t’en souviens certainement, c’est là que, plusieurs années auparavant, tout son équipage a été transformé en cochons. Du moins, c’est ce qu’il prétend.

Ulysse sourit malgré lui.

- Ah ! Ça c’est une bonne histoire ! Et tu as raison, Mérionès. Tu te souviens de mon marin Porthéos ? (Il tapota le flanc du cochon.) Il n’a pas pu résister à la beauté de la Reine Sorcière. Tout allait bien, jusqu’à ce qu’elle le surprenne en train de lorgner ses nichons. Je te le dis, mon ami, ce n’est pas une bonne idée de reluquer les tétons d’une sorcière ! Et voilà le résultat. Nous l’avons gardé dans l’équipage par loyauté, bien qu’il nous soit aussi utile qu’un pet pendant un festin.

- Comment s’appelait-elle, déjà, cette Reine Sorcière ? Demanda Mérionès.

- Circé. La plus belle femme que tu aies jamais vue.

Mérionès éclata de rire, puis désigna l’enclos de broussaille où les autres cochons dormaient.

- Et ces malheureux, là ? Ils ont tous regardé les nénés de la Reine ?

- J’en ai bien peur, dit Ulysse. Ce sont tous des rois d’îles lointaines au-delà de Charybde et de Scylla. Chacun d’entre eux est venu sur l’île pour lui faire la cour. Pourtant leurs espoirs étaient vains, car la reine avait déjà donné son coeur à un séduisant marin, un homme doté de beaucoup de charmes, d’esprit et d’intelligence.

- Ah ! Toi, je suppose ?

Ulysse gloussa.

- Tu n’as pas reconnu la description ? Bien entendu, c’est moi !

Nestor éclata de rire.

- Tu sais pourquoi elle ne t’a pas transformé en cochon, Ulysse ? Parce que ç’aurait été une nette amélioration de ton physique !

 


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