La Chanson de Colombano, Alessandro PERISSINOTTO

Ippolito Berthe est un jeune juge arrivé dans le village de Chiomonte, dans une haute vallée des Alpes. Le mois d’août brûle l’alpage.
Nous sommes en 1533.

Quatre cadavres d’une même famille viennent d’être retrouvés dans la montagne, non loin de leurs moutons dévorés. « C’est Colombano ! C’est le tailleur de pierres ! » hurle la communauté étrangement sûre d’elle. L’homme clame son innocence. Il risque le lynchage, la corde ou même le bûcher. Il n’a pas d’autres arguments que sa seule bonne foi… Il n’a pas d’autre appui que celui du jeune juge…

Il y a quelques années de cela, avant la conception de cet ouvrage, Alessandro Perissinotto était chercheur. Sémiologue, spécialiste du folklore et des traditions alpines. Lors de ses recherches pour son mémoire, il tombe sur un texte étrange qu’il va appeler La Chanson de Colombano. Après quelques tentatives infructueuses pour compléter le texte incomplet, il abandonne car le temps lui manque et il doit finir son mémoire.

Ce n’est que quelques temps plus tard, alors qu’il est diplômé et qu’il range le matériel de ses recherches qu’il revoit le texte qui l’avait intrigué. Pouvant alors s’y consacrer, il décide à nouveau de tenter sa chance.

Il trouve enfin ce qu’il cherche, quelqu’un qui pourra l’aider à comprendre qui était Colombano et le sens de ce texte. Mais sa curiosité va l’amener beaucoup plus loin, sur les traces d’un complot presque en huis clos, dans un village perdu au coeur des Alpes. C’est le résultat de ces recherches et de ces déductions que nous livre l’auteur dans cet ouvrage. Une tragédie alpine mise en vers et chantée en patois local mâtiné de vieil italien.

Ne nous y trompons pas, il s’agit bien d’un roman policier. Le juge mène l’enquête et nous suivons ses découvertes, pas à pas, chapitre après chapitre. D’ailleurs, chaque chapitre est découpé de telle manière qu’il explicite une strophe de la chanson. Strophe qui est citée en exergue à chaque fois.

Ainsi, le lecteur sait plus ou moins à quoi s’attendre mais reste tenu en haleine par le drame qui se joue sous ses yeux.

Il y a ici non seulement un énorme travail de recherches de la part de l’auteur, mais aussi un travail d’écriture important et un talent de conteur certain. En effet pas une seule fois je ne me suis ennuyé. J’échafaudais mes suppositions, était arrivé à certaines conclusion mais n’ayant pas tous les éléments en main il était difficile d’en sortir quelque chose. Malgré tout c’est un plaisir de se prendre au jeu et de savoir comment tout cela fini. Car la vie de Colombano est suspendue à un fil tout le long du récit et jusqu’à la fin, on ne sait s’il sera sauvé ou si la populace aura raison du juge et lynchera finalement celui qu’elle accuse.

Le tout dans un cadre magique et magnifique, terrible et propice aux superstitions : une petite vallée des Alpes, administrativement rattachée à Grenoble.

Un crime au XVIème siècle, une chanson qui narre l’histoire, une histoire-témoignage d’une époque révolue et le talent de conteur d’un auteur. Il n’en fallait pas plus, mais pas moins, pour faire ce roman un petit bijou qui se lit d’une traite et s’apprécie avec un verre de Grappa et l’odeur des pâturages.

perissinottocolombano.gif

 

Alessandro PERISSINOTTO, La Chanson de Colombano, Folio Policier, 2004, 243 p.

 

 

 

Extrait :

C’est ainsi que, à l’aube du quatrième jour ayant suivi la découverte des cadavres, Ippolito convoqua en sa présence, sur la place, les deux syndics de Chiomonte, le curé et le forgeron, ce dernier accompagné de son apprenti. Le petit comité ainsi constitué se dirigea vers le clocher, dont la cime pointue et élancée par rapport à la masse se découpait sur un ciel passant tout juste du bleu sombre de la nuit à l’azur d’une journée qui s’annonçait claire. Au pied du clocher se trouvait une porte étroite, mais si solide que le bélier des assauts d’antan n’aurait pu l’abattre. Pour la débloquer, les syndics ouvrirent un coffret que renfermait une niche abritée dans le mur de l’abside. Le forgeron, aidé par son apprenti, y prit une clef en fer si lourde que les deux avaient du mal à la porter ; ils la tournèrent péniblement dans le trou de la serrure pour en déplacer avec son panneton les innombrables verrous.
S’étant acquittés de cette tâche, le forgeron et le prieur s’en allèrent, chacun retournant à ses occupations ; Leonardo Beaudia, l’un des syndics, allait les imiter.

- Leonardo, le rappela le juge, il s’agit encore d’ouvrir les armoires.

Sans avoir jamais eu accès aux archives, Ippolito savait que les documents les plus importnts étaient enfermés dans des placards recouverts de lames métalliques pour protéger de la vermine le patrimoine diplomatique. Ces placards étaient munis d’une double serrure que seuls les deux syndics ensemble, chacun avec sa clef, pourraient ouvrir. Comme on le lui avait expliqué, en avait décidé ainsi, deux siècles auparavant, le judicieux Prévôt Fioccardo Berard, protecteur des arts et de la culture, qui avait attiré vers lui des bibliothécaires des abbayes les plus prestigieuses du marquisat de Saluces.

 


Répondre

thedailyprophet |
Hanitra |
pas d'histoires entre nous |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | journal de la guenon du bou...
| meslivrespreferees
| sandys6