Troie t. 3, La Chute des Rois, David & Stella GEMMELL

Les ténèbres tombent sur la Grande Verte et le Monde Ancien est cruellement déchiré.

Sur les champs de bataille autour de Troie, la cité d’or, se réunissent les armées fidèles au roi mycénien Agamemnon. Parmi ces troupes se trouve Ulysse, le fameux conteur, devenu leur allié malgré lui. Il sait que rien n’arrêtera Agamemnon pour s’emparer du trésor que renferme la cité, et qu’il devra bientôt affronter ses anciens amis en un combat à mort.

Malade et amer, le roi de Troie attend.

Ses espoirs reposent sur deux héros : Hector, son fils préféré, le plus puissant guerrier de son époque, et le redoutable Hélicon, déterminé à venger la mort de son épouse aux mains des mycéniens.

La guerre a été déclarée. Tandis que ces ennemis, qui sont aussi des parents, laissent libre cours à leur soif de violence, ils savent que certains d’entre eux, hommes ou femmes, deviendront des héros, dont les exploits vivront à tout jamais dans un récit transmis à travers les âges…

Voici la conclusion tant attendue du dernier cycle de David Gemmell.

Et c’est une fin à la hauteur du reste du cycle qui comble les attentes du lecteur et va bien au-delà. Tous les personnages présentés dans les deux autres volumes se retrouvent ici, aux portes de Troie, la cité d’or, pour l’hallali final. Chacun aura son rôle à jouer dans le drame qui se dénoue.

L’ombre bienveillante d’Homère plane sur ce récit, hommage à l’Illiade et à l’Odyssée, qui les réécrit sans les dénaturer. Inscrivant son récit dans une réalité historique et politique fouillée, l’auteur gagne en crédibilité et, sans pour autant gommer la dimension épique d’une histoire immortelle, donne un sens tout à fait nouveau à nombre d’événements. Ainsi en est-il du fameux Cheval de Troie, la ruse d’Ulysse, ainsi également du célèbre sacrifice d’Iphigénie, ou encore du retour d’Ulysse chez lui et de l’épreuve à l’arc…

Les acteurs de ce drame sortent du papier, s’animent, prennent corps et c’est à leur rythme que se déroule ce dernier acte. Certainement l’un des moments les plus forts de ma lecture restera le combat titanesque entre Hector et Achille. Combat qui marque Ulysse plus que tout autre.

« Il [Ulysse] avait vu de nombreux combats dans sa vie, dont la plupart constituaient en un échange de coups violents sans intérêt et sans habileté. Mais là, il était témoin d’une lutte titanesque entre des volontés et des talents tels qu’aucun homme n’en avait jamais vu, et n’en verrait probablement jamais plus. Aucun des deux champions ne parlait. Les sarcasmes et les insultes convenaient à des hommes inférieurs, pas à ceux-là… »

David Gemmell étant mort avant d’achever son grand œuvre, sa femme, Stella, a pris le relais. Si je suis incapable de savoir à quel moment elle a pris la plume pour pallier l’absence de l’auteur, je vois (et apparemment je ne suis pas seul) son âme se refléter dans la fin de l’ouvrage et dans certaines prises de conscience des personnages. Des éclairs de lucidité cruels dans un monde qui ne laisse aucune place au sentimentalisme, surtout au cœur de la guerre. Et pourtant…

«  Nous participons à la plus grande guerre que le monde ait connue, pensa Hélicon, et notre avenir probable est la mort et la ruine, et pourtant tu penses à la femme que tu aimes au lieu d’échafauder des plans de bataille. »

Ici plus que jamais, l’amour et la guerre se livrent bataille. Depuis le début de sa carrière, cette guerre se livre dans les ouvrages de Gemmell. Gageons qu’il a enfin réussi à la résoudre grâce à sa femme dans ce dernier opus.

L’écriture reste homogène, rythmée malgré le changement d’auteur. Les personnages gagnent encore en profondeur et en sympathie, Andromaque particulièrement, incarnation de Guenièvre balancée entre deux amours, ou d’Arwen Undomiel. Le récit est prenant, les situations se dénouent toutes, passant d’un acteur à l’autre, laissant peut-être parfois une impression de flou ou de brouillon que je n’ai pas ressenti dans ma lecture mais qui est certainement envisageable.

Au final, c’est un véritable testament littéraire d’un grand auteur qui mérite d’être (re)découvert, lu et relu. Une trilogie hors du commun à partager avec le plus grand nombre.

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David & Stella GEMMELL, Troie, tome 3, La Chute des Rois, Bragelonne, Paris, 2009, 478 pages.

 

 

Extrait :

Un peu d’humour au milieu de l’océan…

Hélicon gagna le côté bâbord et observa les deux rangs de rameurs, qui travaillaient en rythme. Il alla ensuite à tribord et étudia le mouvement des rames.
- Rame six, pont tribord inférieur, dit Oniacus.
- Oui, répondit Hélicon. Quel est le problème ?
- Le couvercle de l’écoutille s’est refermé sur son doigt. Rien de grave mais il perdra probablement l’ongle.
Gershom les avait rejoints et regardait les rameurs.
- Je ne vois rien qui cloche avec la rame six,  dit-il.
- Regarde mieux, dit Hélicon.
L’Egyptien plissa les yeux.
- Je ne vois pas ce que vous voyez, reconnut-il enfin.
- Le rythme est bon, mais la rame ne plonge pas aussi profondément qu’elle le devrait. Il y a un léger déséquilibre dans notre avance. Si tu fermes les yeux, tu le sentiras. (Hélicon vit Gershom le regarder d’un air incrédule.) Ce n’est pas une plaisanterie mon ami.

Gershom se tourna vers Oniacus.
- Tu as senti ce… déséquilibre provoqué par une rame sur quatre-vingts ? Dis-moi la vérité, je te prie !
- Oui, dit Oniacus. La douleur de sa main le fait sursauter légèrement quand il plonge sa rame. Je lui ai dit de prendre un jour de repos, mais c’est un homme fier.

Plusieurs mouettes à tête noire apparurent au-dessus d’eux.
- Vous avez senti ça ? demanda soudain Gershom.
- Quoi ? dit Oniacus.
- Une des mouettes a chié sur le pont. Attendez un peu que j’ajuste mon équilibre pour tenir compte de la nouvelle répartition du poids.

Oniacus éclata de rire.
- Nous ne nous moquons pas de toi, Gershom. Si tu avais passé autant de temps que nous sur un navire, tu sentirais aussi le plus petit changement dans la performance du Xanthos. Quand nos fournitures s’épuisent et que la coque est plus haute par rapport à l’eau, ou quand la voile est humide, ou les rameurs fatigués.

Gershom n’eut pas l’air convaincu, mais il haussa les épaules.
- Je vous crois sur parole.

 


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