In Vitium Virtus

Et voici le dernier né de mon cerveau dérangé…
Mardi soir, notre consigne était d’écrire un texte en rapport avec la phrase suivante : « La vertu, c’est emmerdant. Le péché, c’est délicieux, voire jouissif ».

Bien sûr, comment s’empêcher de parler religion en parlant de vertu et de péché ? Mais ici, pas de prêchi-prêcha. Juste une réflexion sur les bienfaits du fanatisme… Si je ne me suis pas trompé dans ma construction grammaticale ni dans mes déclinaisons, le titre devrait signifier : « La vertu est dans le vice » Donc un joli programme en perspective… Avec le retour de mes personnages favoris, héros de nombreuses nouvelles  malheureusement trop longues pour mettre ici.Comme d’habitude, j’attends les réactions en fin de texte.

Bonne Lecture !

 

Lorsqu’il est arrivé au Village, ça a été l’événement de la semaine. Ça faisait tellement longtemps que l’ancien était parti en claquant la porte, secouant la poussière de ses sandales et maudissant tout ce qui vivait alentour. Furieux, il était parti. Jurant tous les saints que plus jamais on ne l’enverrai chez les pouilleux, sans foi ni loi, ne reconnaissant d’autre maître que le Yab et l’alcool. Il était parti et plus jamais on n’avait entendu parler de lui.

Et voilà que le diocèse nomme un remplaçant, presque dix ans après. A croire qu’ils ont trop de curés et qu’ils ne savent plus où les envoyer. Une partie du Village s’est rassemblé pour accueillir le nouveau, histoire de pas faire trop mauvaise impression dès le premier jour.

Seuls Kérec et les Anciens sont resté assis, devant leurs chopes, chez Yaleg, la Maison Communale, accessoirement débit de boissons et principal organe administratif du Village.

- ‘Core des Bondieuseries qu’arrivent, que j’dis.
- Ouais !
- T’as raison, Kérec !
- Hein ?
- Et moi j’vous l’dit, çui là, y va pas nous lâcher. Rome a perdu une bataille, mais elle refuse de perdre la guerre.
- Amen !
- Ouais, amène la suite, Yaleg !
- Hé, hé, Kérec, pssst… j’crois bien qu’y vient par ici.
La porte de l’auberge de Yaleg s’ouvre sur un tourbillon de robe noire et de col blanc.
- Le Bonjour, messieurs !
Dans l’encadrement, précisément dans le rayon de soleil qui perce les nuages, l’homme rayonne. Il n’a cependant pour toute réponse qu’un assourdissant silence anti-clérical et un rot, aussi hostile que sonore.
- Bon… Je crois que je dérange.
L’homme toussote afin de reprendre un peu de sa dignité froissée.
- Voyez-vous, je ne vais pas rester longtemps. Il faut juste que je parle à un certain Kérec. J’ai cru comprendre qu’il était un peu le responsable ici.
- Kérec, c’est moi, répond l’intéressé en se levant. Kesse-vous lui voulez, à Kérec, monsieur… Monsieur ?
- LaVertu. André LaVertu.
Les Anciens échangent un regard avant d’exploser de rire.
- Non, sans blague… C’est votre vrai nom ?
- Oui.
- Allez, vous nous faites marcher… Non ?
- Non.
Les larmes aux yeux, Kérec essaye de reprendre contenance. Et afin de ne pas faire les choses à moitié, il vide son verre. Contenance pour contenance…
- Pfiouuu… Bon, c’est pas tout ça, mais on se pochtronne sérieusement ici. Alors kessi veut, le Père LaVertu ? Bon, c’est bon les gars, on va pas en faire un tonneau, lance-t-il en fusillant du regard ses compagnons essayant vainement d’étouffer leur rire.
- Ma foi, je ne veux rien. Ou bien peu de choses. Simplement, j’aimerais passer quelques jours avec vous pour mieux vous connaître et ensuite, je vous quitterai, lorsque le temps sera venu.

Deux ans plus tard, l’importun était toujours là.
Pire, il avait réquisitionné biblo militari la Tave… la Salle Communale, pour officier, sous prétexte que les pierres de la chapelle désaffectée avaient servies à réparer celle-ci lors de la Grande Tempête.

La nuit est sombre, sans lune, et fol serait celui qui se risquerait dehors au mépris des Légendes. Pourtant, un visiteur curieux et attentif aurait entendu, étouffés par l’atmosphère du lieu, un concert inquiétant de grincements, couinements, gémissements et autres bruits étranges. Les Anciens descendaient dans la Combe. Kérec en tête.

Ils s’étaient concertés en secret, comme des conspirateurs, dans la cave de Yaleg. Puis ils s’étaient décidés. Tout cela devait cesser. Et il n’y avait qu’un moyen d’en finir. Ils avaient bu un dernier coup, et étaient sortis. Farandole incertaine et terrible, ivre de boisson et de courroux. Les Anciens se rendent dans la Combe.

Arrivés au Portail, ils s’arrêtent. L’air frais du soir commence à les dégriser et l’idée ne paraît plus aussi judicieuse. Mais Kérec est décidé. Il avance et appelle le Gardien.
Un profond silence envahi le lieu. Un froid glacial s’insinue jusqu’aux os saillants des Anciens tandis que Kérec plonge les yeux dans le Néant. Ce dernier lui souri. Enfin, a ce qu’il semble. Et tandis qu’il s’efface pour faire entrer Kérec, la chape de silence éclate et laisse se répandre alentour des bruits de ferraille et de moteur de moissonneuse-batteuse. Les Anciens dorment.

Nul ne sait ce qui fut dit ce soir là, ni quel terrible pacte fut signé. Jamais par la suite Kérec n’a évoqué cette nuit, et sa simple mention suffisait à lui rendre tous ses esprits, même plongé dans un brouillard alcoolique à couper au Calva. Nul ne sait ce qui arriva. Mais le lendemain, le Père LaVertu avait disparu.

Enfer, 44ème sous-sol
Au milieu des cris et des lamentations, le téléphone pleure. Plutôt, celui qui est au téléphone pleure…
- Mais si je te l’ai envoyé, c’est bien parce que sa place est là-haut ! Ici-bas, il commençait à me convertir mes diablotins !!! Tiens j’en ai un maintenant qui s’excuse chaque fois qu’il torture une âme ! C’est plus possible !
- Écoute Lulu. Je comprends bien, mais ici, c’est l’Apocalypse. Il trouve que les anges sont tous des feignasses et des bons à rien, et l’autre jour il m’a dit que St Pierre devrait se purifier de je sais plus quel péché. Il y avait un coq dans l’histoire, j’ai pas tout compris. Si ça continue, je vais me retrouver avec une grève sur les bras…
- M’en parle pas ! J’ai déjà les Sévices Publics qui saturent mon standard pour se plaindre. Je sais pas ce qu’il leur a fourré dans la tête, mais moi, j’en peux plus.
- Tu veux pas essayer de lui parler ? Moi, j’arrive pas.
- Bon, si tu veux. Passe-le moi… Allô ? LaVertu ?
- Ici André LaVertu, Paradis. Que puis-je pour vous ?
- André ? Ici Lucifer… Lulu, tu te souviens ? Ecoute. Y a un truc qu’il faut que je te dise, parce que ça devient invivable. Tu m’en voudras pas ?
- Euh… De quoi parlez-vous ?
- Ecoute, écoute moi bien. Tu nous as mis un peu le bazar ici et là-haut. Alors, je t’en veux pas, hein ? Mais bon, maintenant que tu t’es installé, faut un peu respecter les règles aussi. Tu comprends ?
- Je suis pas sûr.
- Bon, écoute. Y a des choses qu’y faut pas dire. C’est tout. C’est comme ça. Parce que sinon, LaVertu, c’est emmerdant. Ecoute, le péché, c’est jouissif. Même le Barbu il est d’accord… Enfin presque. Mais bon, un truc ou deux de temps en temps, ça a jamais damné personne.
- Vous croyez ?
- Pour sûr ! C’est mon fond de commerce.
- Ah. Donc vous dites que maintenant, faudrait que je laisse un peu faire les choses ?
- Voiiiiilaaaa ! C’est tout simple. Faut juste y mettre un peu du sien.
- Bon, ben si vous le dites… Je vais essayer de faire un effort.
- Vrai ?
- Vrai.
- Promis ?
- Promis. Aussi vrai que je m’appelle LaVer… euh…
- Super ! Bon, dis, avant de raccrocher. Passe donc faire un tour à la boutique un de ces quatre. Ça me fera plaisir. Et puis comme ça, on pourra discuter autour d’un verre.
- C’est que je ne sais pas si…
- Bah, viens, tu verras, ça te changeras !
- D’accord, mais… je sais pas… pour venir…
- Oh, pour ça, t’en fais pas. Tu descends et c’est tout droit. Et puis t’inquiète pas pour la route, elle est pavée de bonnes intentions.

 


Répondre

thedailyprophet |
Hanitra |
pas d'histoires entre nous |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | journal de la guenon du bou...
| meslivrespreferees
| sandys6