Les Visages du Mal, Ruth NEWMAN

Campus du Ariel College, Cambridge.
Un environnement privilégié devenu le terrain de chasse d’un serial killer.

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L’atmosphère est devenue irrespirable pour les étudiants depuis que celui que les médias ont surnommé le « Boucher de Cambridge » s’acharne sur leurs petits camarades. Désormais, il ne s’agit plus pour eux de survivre au stress des examens mais de survivre tout court…

Le psychiatre Matthew Denison est quant à lui persuadé que sa patiente, la jeune Olivia Corscadden, connaît l’identité du tueur mais que suite à une choc traumatique – sa compagne de chambrée se serait faite éviscérer sous ses yeux – l’information est restée « verrouillée » dans sa mémoire.
Qui peut bien jouer ainsi à « Petites décapitations entre amis » ? Un étudiant qui aurait basculé dans la folie ? Un professeur pervers ? Un étranger de passage ?
À Matthew de trouver le moyen de faire ressurgir les souvenirs ensevelis dans le subconscient d’Olivia avant que le Boucher ne sévisse à nouveau…

J’ai reçu ce roman dans le cadre de l’opération Masse critique organisée par Babelio. C’est ma troisième participation à l’événement et c’est toujours un plaisir de le faire, même si parfois les romans ne sont pas à la hauteur des attentes.

Ici, il s’agit d’un thriller dont l’histoire, au premier abord, paraît convenu.

Durant ma lecture, j’ai plusieurs fois résisté à la tentation de laisser tomber l’ouvrage, tellement ce qui était écrit me semblait avoir déjà été dit, fait, ressassé… Et pourtant, j’ai eu raison de continuer.

Mais avant d’en arriver là, commençons par parler de l’écriture.

Une plume intéressante, un peu déstabilisante au début mais l’intérêt du style devient rapidement évident et donne une tout autre dynamique à l’histoire. Déjà le style est agréable à lire, malgré les quelques coquilles que l’on peut s’attendre à trouver maintenant (ça devient une marque de fabrique de l’édition française…). La particularité tient au fait que la police de caractère change pour annoncer un flash back. Lorsque j’ai dû affronter le premier, j’avoue que j’étais perdu. Puis finalement ça passe tout seul et plutôt que d’avoir de très long passages narratifs dans l’actualité des personnages, ça permet au lecteur de vivre ce qui s’est passé de manière plus active. C’est un procédé presque cinématographique.

ATTENTION
Ce qui suit dévoile des éléments de l’intrigue

Sur le fond, j’ai eu un peu plus de mal car ayant lu il y a peu Les Mille et une vies de Billy Milligan de Daniel Keyes, je retrouvais ici des thèmes déjà abordé et sous un angle beaucoup plus scientifique. Le traitement de la personnalité multiple n’est pas aussi poussé que dans le « roman » de Keyes et j’ai été déçu par ces passages. Il me manquait quelque chose. Plus d’implication, plus de développement de la part de l’auteur. En lisant les deux romans, on voit clairement la différence entre l’auteur qui parle de ce qu’il a vu et celui qui parle uniquement de ce qu’il connaît par ses recherches pour son roman. L’expérience directe de Keyes avec le patient est beaucoup plus parlante et captivante.

Néanmoins, ne pas arrêter ma lecture à cet élément fut une bonne chose, car l’auteur pousse plus loin sa réflexion et la fin laisse plutôt haletant. L’auteur arrive à nous balader d’une idée à l’autre, d’un coupable potentiel à un autre au gré des découvertes des enquêteurs et ça, c’est déjà un bon point pour un thriller. C’est l’une des choses que je recherche quand je lis ce genre de romans.

En prime, même si finalement on sent venir le vent, ce n’est que sur les vingt dernières pages, alors que tout semble consommé.

L’épilogue, écrit toujours dans le même style d’alternance passé / présent éclaire tous les points obscurs et permet au lecteur d’avoir une réelle compréhension de l’intrigue, sans lui ôter le plaisir de lecture jusqu’à la dernière page.

En conclusion, un roman que j’ai beaucoup apprécié, avec une écriture scénaristique. En fait, ça ne m’étonnerait pas d’apprendre qu’il serait adapté au cinéma, vu que le développement s’y prête. Jusqu’à l’épilogue qui m’a fait penser à certains films où l’on apprenait dans le générique de fin la manière dont le tueur s’y était pris pour commettre ses crimes.

Un très bon moment de lecture.
Merci Babelio :)

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Ruth NEWMAN, Les Visages du Mal, Editions First, Paris, 2009, 328 p.

Extrait :

Denison prit une profonde inspiration, profitant de l’air vif du soir. Puis il suivit Weathers et l’officier. Ils franchirent une petite porte et montèrent un escalier. Des voix résonnaient, et alors qu’ils atteignaient les dernières marches, il fut saisi par une odeur nauséabonde. Un mélange de parfum cuivré, d’ammoniac et de vomi.

Denison s’arrêta un instant, s’agrippant à la rampe en bois de toutes ses forces. Il y a une demi-heure, on était en train de se siffler une bière, se dit-il. Qu’est-ce que je fabrique ici, bordel ?

  • Tu n’es pas obligé d’entrer, Matt, lui répéta Weathers en se tournant vers lui.

Denison esquissa un haussement d’épaules.

  • Je veux t’aider, bredouilla-t-il.

Sa bouche était sèche.

Weathers hocha la tête. Il n’ajouta rien, se retourna et invita Denison à le suivre dans la petite pièce grouillant de monde.

Un jeune homme en costume de bal se tenait au centre. Ses mains et son pantalon étaient couverts de sang et de Dieu sait quoi encore. Sa chemise blanche en était entièrement souillée.

  • J’essayais de les remettre dedans, répétait-il mécaniquement à une inspectrice. J’essayais juste de les remettre dedans…

Dans un coin de la pièce, une fille était couchée en position fœtale. Elle était couverte d’hémoglobine des pieds à la tête. Denison crut d’abord qu’elle était nue, mais à bien y regarder, il constata qu’elle portait une petite culotte et un soutien-gorge, eux aussi dégoulinant de sang. Un ambulancier lui passait une torche devant les yeux. Immédiatement Denison s’approcha d’elle pour voir s’il pouvait se rendre utile. La fille se balançait sur place, les yeux perdus dans le vide, ses pupilles dilatées à tel point que de son iris, sur un mince cerceau était encore visible. Ses lèvres bougeaient, mais aucun son ne sortait de sa bouche.

  • Elle est blessée ? demanda Denison.

  • Je n’ai pas l’impression, répondit l’ambulancier. Pas physiquement, en tout cas. Je ne pense pas qu’il s’agisse de son sang.

  • Nom de Dieu ! s’exclama Weathers.

Denison se releva. Alors que les ambulanciers, les policiers et les légistes circulaient dans la pièce, il l’aperçut, gisant à terre dans une mare cramoisie. Le corps était étendu, bras et jambes écartés, les intestins répandus partout sur le plancher.

 


Un commentaire

  1. Djemaa dit :

    Bonjour, j’apprécie vos écrits, bravo!Pascal.

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