Djeeb Le Chanceur, Laurent GIDON

Ambeliane !
Cité de tous les mystères et de tous les fantasmes. Tellement mystérieuse qu’elle attise toutes les convoitises. Mais n’y va pas qui veut. D’ailleurs, y aller, c’est mourir. Mais pas pour Djeeb.

Aventurier, artiste, roublard, bateleur et esthète, maniant aussi bien le verbe que l’acier, Djeeb, surnommé Le Chanceur, tient à relever ce défi à la hauteur de son ambition.Entrer n’est déjà pas une mince affaire.Mais une fois à l’intérieur, il va apprendre rapidement, souvent à ses dépens, qu’Ambeliane a ses propres règles, ses propres codes, et une justice exemplaire.Des tavernes du port aux palais du Lorne, il va pouvoir donner son plus beau spectacle : survivre !

Je vous présente un petit coup de cœur de cette année.
Laurent Gidon est un auteur français qui a déjà fait ses armes sous le pseudonyme de Don Lorenjy et n’en est pas à sa première incursion dans le genre. Pourtant, s’il a déjà écrit, c’était plutôt pour un public jeune. Ici il se tourne vers un roman adulte, plus mature. Mais ce n’est pas ce qui fait le charme de l’ouvrage.

Je pourrais parler de la couverture, que j’ai particulièrement apprécié, ou de la cité d’Ambeliane, véritable personnage du roman autour de laquelle tourne toute l’aventure.

Je pourrais aussi m’étendre sur les différents personnages hauts en couleur que croise Djeeb lors de ses pérégrinations, mais encore une fois, ce n’est pas ce qui fait le charme de ce roman.

Je pourrais enfin expliquer comment j’ai trouvé la personnalité si particulière de Djeeb, son penchant pour l’aventure, son amour de la beauté et du geste parfait, parfois poussé à l’extrême, ce qui l’amène dans les pires ennuis mais toujours avec panache. D’ailleurs, par certains aspects, je pourrais dire que Cyrano n’aurait sans doute pas renié un disciple tel que notre héros. Pourtant, cela ne fait pas tout le charme de cette histoire.

Je pourrais aussi préciser que même s’il s’agit de Fantasy, ici il n’est nullement question de magie. Ou plutôt si, mais seule la magie de l’auteur opère. Le monde est résolument médiéval, on s’y bat à l’épée, les voyages se font à cheval ou en bateau. Djeeb dans ses errances permet de découvrir cette ville, ses mystères, et d’avoir un aperçu du monde dans lequel il évolue. Malgré tout, encore une fois ce n’est pas ce qui m’a envoûté dans ce récit.

Ce que j’ai aimé dans ce roman, ce qui m’a particulièrement touché à sa lecture, le charme que je trouve dans cette histoire et dont il me faut parler, c’est la plume de l’auteur, les mots présents ici, ce que l’on appelle vulgairement le style.

Oui, J’ai adoré le style d’écriture de Laurent Gidon, qui, comme un conteur nous déroule son histoire, personnage par personnage, étape par étape, prenant son temps dans les descriptions d’une poésie exceptionnelle. Tout est en harmonie avec le caractère de Djeeb, recherchant la beauté dans chaque chose, le geste parfait, l’équilibre ultime dans le monde qui l’entoure. La musicalité des mots est présente jusque dans les (rares) combats et contribue à l’émotion des instants sans pour autant jouer dans le dégoulinant.

Bref, lorsque je parlais d’un coup de cœur, aussi petit soit-il, je ne mentais pas.
Mon seul point négatif, si il s’agit d’un point négatif, est que cette histoire a plutôt l’apparence d’une scène d’exposition que d’un roman aboutit.
Je m’explique : Bien que l’histoire soit finie, tout, pour ne pas dire rien, n’est pas levé concernant Djeeb, ses origines, ses appétences, ses buts. Le monde que nous voyons se limite ici à la cité d’Ambeliane, mais il paraît beaucoup plus vaste et il serait dommage de laisser ça inexploité. Tout ceci pour dire qu’il s’agit d’un très beau roman qui appelle certainement une suite, voire plusieurs, avec Djeeb ou d’autres personnages qui s’inscriraient dans le monde que Laurent Gidon nous présente.

En tout cas, je ne peux qu’inviter à la découverte de ce personnage si particulier qu’est Djeeb et je me permets de vous présenter en extrait la toute première représentation de Djeeb, où l’on découvre que les talents dont il se vante à plusieurs reprise avant cette scène ne sont pas forcément que de la fanfaronnade. Et c’est aussi un beau passage pour apprécier les mots de l’auteur.

Un autre avis : la critique de Bruno Para chez Noosfère

 

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Laurent GIDON, Djeeb le Chanceur, Mnémos, Paris, 2009, 275 p.

 

 

 

 

 

 

 

Extrait :

Sous les regards amusés et quelques premiers quolibets, sa silhouette agenouillée se détendit, raflant d’une main preste les cinq couteaux et le gobelet. Avant même qu’il se soit mis debout, les lames miroitantes dansaient en l’air alors que la timbale de résine prenait un parfait équilibre sur son front. Dans la salle, langues et expressions se figèrent. De rudes gaillards ébahis frissonnaient lorsqu’une pointe effilée, semblant sortir de sa trajectoire, frôlait un œil ou une oreille avant de se voir cueillie et relancée par une main virevoltante. Dans sa danse jongleuse, l’artiste se mettait en péril, risquait sans cesse la blessure. Plus d’un crût voir naître une goutte de sang au passage d’une lame acérée semblant échapper au lanceur. A chaque erreur possible, ils sentaient l’acier mordre la peau, trancher pulpe et tendons, gagner l’os dans une brûlure odieuse.

Mais ce qui les sidérait tous, c’était la parole de Djeeb. Longtemps contenue, elle semblait maintenant sourdre du gobelet même, toujours immobile sur son front, et les poignait au coeur. Chacun, tendu par les dangers du spectacle, s’ouvrait sans retenue aux vagues des mots et avait l’intime conviction que ce discours s’adressait à lui seul, réveillant des douleurs enfouies, des nostalgies inavouées. En phrases simples et sans fard, Djeeb évoqua la douleur des mères qui les avaient tous enfantés égaux, les tortures de l’abandon lorsqu’il fallut laisser trop tôt la place chaude au bébé suivant, les caprices d’injustice aux proportions de fin du monde, le bref déchirement d’amours trop jeunes condamnés au silence, les déceptions du temps qui passe et ne vient rien changer, la mort en ligne de mire comme un fanal qu’on voudrait éviter… Il embarque les spectateurs dans un voyage au coeur d’eux-mêmes, sans cesser une seconde son bal téméraire et tranchant.
Il parla longtemps peut-être, ou un instant seulement, personne ne comptait plus. Puis dans un dernier geste appuyé d’un coup de tête il laissa ses couteaux prendre leur vol ensemble. Lui-même était déjà ragenouillé lorsque les lames se plantèrent une à une en carré devant Sagace Ingfreund, la dernière venant percer le gobelet au centre de la figure.

 


4 commentaires

  1. Laurent Gidon dit :

    Merci pour cette lecture enthousiaste. C’est exactement pour cela que j’ai écrit ce Djeeb : faire plaisir à des lecteurs sensibles. Et peut-être aussi donner envie d’en savoir plus. Oui, Djeeb reviendra, pour d’autres aventures dans l’univers de l’Arc Côtier. J’y travaille tout l’été.
    Laurent

  2. coeurdechene dit :

    Merci de ton passage ici, Laurent.
    Je te souhaite bon courage pour l’écriture, qui va être ta haire et ta discipline pendant que nous allons patauger gaiement :)
    Plus sérieusement, j’espère pouvoir bientôt lire la suite des aventures de Djeeb, personnage auquel on s’attache réellement. Bonne continuation !

  3. Acr0 dit :

    Tout le monde est unanime dans leur critique ! (et je pense aussi le lire)
    Je t’invite à lire celle de Welcome to Nebalia ;) http://nebalestuncon.over-blog.com/

  4. streaming megaupload dit :

    Mercii a tous

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