Je, François Villon, Jean TEULE

Il est peut-être né un 31 mai 1431, à l’heure où Jeanne d’Arc finissait de se consumer. Ou peut-être pas. On ne sait pas quand il est mort et très peu comment il a vécu. Il a traversé le XVème siècle comme un météore, mais sa vie a bouleversé son époque.

François Villon naît dans un XVème siècle en proie aux affres d’une rigidité ecclésiastique et d’une déchéance du pouvoir royal. Le système féodal est moribond et la société se prépare tout doucement à la révolte de ce que les historiens appelleront la Renaissance.

Elevé par un chanoine, il reçoit la tonsure de clerc mais finalement n’a de religieux que la bure qu’il porte… Entre coups pendables dans le quartier des étudiants, crimes, menus larcins et débauche, il met la France en ébullition, rencontre les grands de son époque, tutoie les rois et vole les princes.

François Villon, certains le connaissent pour ses poèmes, étudiés à l’école ou simplement entendus dans la bouche d’un Léo Ferré. Sa fameuse Ballade des Pendus est restée la plus célèbre de ses compositions. Ici, le texte est émaillé de poèmes et d’anecdotes qui sont rattachées à la personne de Villon et il est vrai qu’un contexte aide beaucoup à saisir le sens de sa poésie souvent cynique et lugubre.

Jean Teulé nous propose une biographie de François Villon écrite à la première personne. Nous suivons donc toutes les tribulations de ce mauvais sujet, assistons à ses déboires, sommes témoins de ses tortures et de ses joies. Le tout est écrit comme un roman et se lit avec une facilité déconcertante.

J’ai commencé cet ouvrage avec curiosité et je l’ai fini avec un sentiment de plénitude, d’achevé. J’ai sourit beaucoup, été écoeuré un peu et rit pas mal de fois. Le style est léger, à l’image de la vie du poète. La difficulté est de lire les poèmes insérés dans le texte en ancien français, difficulté bien aplanie grâce à la traduction plein texte de l’auteur. En bref, un vrai plaisir de lecture et pour moi la découverte de la vie d’un homme que j’étais loin de soupçonner aussi… remplie.

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TEULE Jean, Je, François Villon, pocket, Paris, 2007. 432 p.

Extrait :

Où Villon est accueilli à la cour de René d’Anjou. On le vêt comme un troubadour…

«  J’enfile ensuite des poulaines comme je ne savais même pas qu’il en existait. Elles sont si étirées en avant qu’elles prolongent les semelles, les allongent d’au moins deux pieds. Renforcées d’une armature de baleine, leurs pointes relevées en arc sont retenues par une chaînette rattachée à la jambe sous le genou. Je fais quelques pas. C’est tellement incommode. On dirait des patins de luge. Et ce bruit de grelots fixés à la pointe des poulaines…
« Bouh ! Bouh !… » La bonne fuit la cuisine en se tenant le ventre de rire. Le chambellan, consterné, lève les yeux au ciel [...]

J’escalade, derrière sa robe bleue, les pierres usées d’un étroit escalier à vis. Et franchement, avec ces poulaines délirantes, ce n’est pas pratique. Je dois grimper, dos au mur, en posant mes pieds dans le sens de la longueur des marches. Je manque plusieurs fois de glisser et de tomber surtout quand une troupe de Maures, brillamment costumés, dévalent l’escalier comme des acrobates et bondissent en s’esclaffant par-dessus mes chaînettes. Je me retourne pour les engueuler de leur inconscience, des risques qu’ils me font courir, mais j’entends s’égrener plein de notes de musique autour de ma poitrine et de ma tête. Ils commencent à me faire chier ces grelots…

[...] Le duc d’Anjou pousse dans ma direction un grognement de satisfaction : « je suis aussi un peu poète, jeune homme. J’ai écrit à la manière de Philippe de Vitry : Regnault et Jeanneton – une pastorale de dix mille vers. Pour Regnault, j’ai pensé à moi. Jeanneton, c’est ma femme Jeanne de Laval. Nous y vivons l’amour pur tel Gontier avec sa douce Hélène dans une bergerie de rêve que j’ai reconstitué dans mon jardin. Venez que je vous la fasse visiter. »
Oh, tudieu, faut redescendre les marches !

Pendant cette opération périlleuse, le chambellan file devant, ce qui est très énervant. Même le duc ventripotent va sans peine. Il m’attend, lève son groin vers moi :
- Eh bien, venez. Je ne vais pas vous manger !

Je manque de me casser la gueule dans l’escalier. »

 


2 commentaires

  1. Arnold dit :

    Bonjour le Nain,
    Joli témoignage de l’effet produit par la lecture de cette biographie.
    A notre tour de te présenter notre Ballade de Villon .
    A un de ces quatre au troquet,
    Arnold

  2. Gold Price dit :

    Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit? Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit? Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules? Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules; Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement Dans la même prison le même mouvement. Accroupis sous les dents d’une machine sombre, Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre, Innocents dans un bagne, anges dans un enfer, Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est de fer. Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue. Aussi quelle pâleur! la cendre est sur leur joue. Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las. Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas! Ils semblent dire à Dieu: «Petits comme nous sommes, Notre père, voyez ce que nous font les hommes!» O servitude infâme imposée à l’enfant! Rachitisme! travail dont le souffle étouffant Défait ce qu’a fait Dieu; qui tue, œuvre insensée, La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée, Et qui ferait – c’est là son fruit le plus certain! – D’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin! Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre, Qui produit la richesse en créant la misère, Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil! Progrès dont on demande: «Où va-t-il? que veut-il?» Qui brise la jeunesse en fleur! qui donne, en somme, Une âme à la machine et la retire à l’homme! Que ce travail, haï des mères, soit maudit! Maudit comme le vice où l’on s’abâtardit, Maudit comme l’opprobre et comme le blasphème! O Dieu! qu’il soit maudit au nom du travail même, Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux, Qui fait le peuple libre et qui rend l’homme heureux!

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